Les lieux communs : de béates platitudes

 

Les lieux communs sont coriaces! Ils s’intègrent dans nos conversations, on les retrouve en masse sur les réseaux sociaux, on les maudit, on ricane de ceux qui en abusent mais ils se faufilent toujours insidieusement dans notre bouche. Ils semblent immortels, plus présents encore lorsque nous sommes fatigués, ils sont à bout de langue, toujours prêts à donner de nous une image d’aculturé.

En voici que l’on peut entendre fréquemment. Imaginez que je choisisse un texte connu (je vous laisse deviner) et que je le moisisse avec une mixture de lieux communs. Ça donnerait à peu près ceci :

Robert Powell dans Jésus de Nazareth, 1977
Robert Powell dans Jésus de Nazareth, 1977

 

Les béates platitudes.

« Je suis très honoré de prendre la parole aujourd’hui.  Je n’irai pas par quatre chemins. On ne va pas refaire le monde mais je me permets de dire que ceux qui ont une âme de pauvre, enfin je veux dire : de très pauvre,  seront heureux. Oui, ils seront heureux. Parce que figurez-vous,  le Royaume des Cieux est à eux. Bon évidemment, un cas n’est pas l’autre. Il y a pauvre et pauvre. Je pense néanmoins être l’homme de la situation pour vous annoncer cela, que dis-je, qui doit !

De même, je n’exagère pas en disant que les affligés seront heureux aussi, et qu’ils seront très bientôt consolés, ça a toujours été le cas pour les affligés. La roue tourne, c’est la vie.

Je sais que je ne me ferai pas que des amis mais je pense personnellement que les doux seront heureux aussi, car ils posséderont la terre. C’est comme ça, c’est comme ça. Rien de nouveau sous le soleil.

Bon,  puisqu’on y est, on ne va pas faire les choses à moitié : heureux les affamés et assoiffés de la justice : ils seront rassasiés. Oui, il faut de tout pour faire un monde, je n’invente rien.

Au risque de choquer, (il ne faut pas se voiler la face) : heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Et ce jour sera à marquer d’une pierre blanche !

Les choses étant ce qu’elles sont, j’ajouterais : heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. A qui je rends ici un vibrant hommage. Moi-même, je l’ai vu de mes propres yeux. Et nous collaborons même très étroitement.

Je ne vais pas vous assommer avec des répétitions mais au jour d’aujourd’hui, nous pouvons dire sans risquer de trop nous tromper : heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.  Oui, fils de Dieu ! Appelons un chat, un chat !

Et regardons l’avenir en face : que les persécutés pour la justice soient heureux, car le Royaume des Cieux est à eux. Là il faut vraiment faire quelque chose pour les persécutés. C’est un impératif absolu.

Et je m’en voudrais d’oublier de vous dire : heureux serez-vous quand on vous insultera, qu’on vous persécutera, et qu’on dira faussement contre vous toutes sortes d’infamies à cause de moi. C’est le vœu que je formule. Sincèrement. Voilà. J’ai fini. »

Indigeste ! Et pourtant, très courant à un dosage plus respectable. Les clichés ou banalités dispensent d’effort de création : c’est simple et tout le monde comprend. Mais ils gangrènent le discours, l’allongent inutilement et donnent l’image d’un orateur enclin à la médiocrité.

Dans la foulée, donnons un coup de cutter et supprimons :

– Les clichés, les pléonasmes,  le jargon, les lapalissades, les anglicismes à l’excès :

« L’ère de la communication », « le spectre du chômage », « un vibrant hommage », « au jour d’aujourd’hui », « regarder l’avenir en face » « les choses étant ce qu’elles sont », « collaborer ensemble » …

–       Les formules de politesse inutiles ;

–       Les introductions trop longues ;

–       Des idées creuses, toutes faites, abstraites ;

–       Les participes présents et les propositions relatives trop nombreux ;

–       Et généralement, tout ce qui empêche d’aller directement à l’essentiel.

 

Voilà. Ça, c’est fait !  😉

 

Geneviève

 

 

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