Clips de campagne, lip dub, ça rapporte ?

L’air fraichit, l’herbe est brillante et les oiseaux ont l’âme voyageuse. Ça sent bon la campagne. Non plus celle, morne et terriblement prévisible des années précédentes, mais celle, qui en musique, scande « votez pour moi, p…p…p…pour moi ! »

Pas un matin ne passe sans que nos journaux et réseaux sociaux ne nous présentent l’un ou l’autre clip de campagne. Ils sont tournés en plan séquence le plus souvent, en playback plus ou moins réussi et en musique toujours.

Et qu’y a-t-il de plus amusant à regarder qu’un clip de campagne, affalé dans son canapé, un café à la main ? Dites-moi ?… Les nombreux commentaires des internautes, pardi !

Tout clip confondu, on peut lire, sous la vidéo, pas mal de railleries, mais aussi quelques propos offusqués,  et à vrai dire, peu de « Génial, j’adore ! ».

Alors, d’où vient cet engouement, cet envie pressante de se cliper en musique, après s’être étalé en affiche ? Que cherchent vraiment les candidats, outre le plaisir du déhanchement collectif ? Et surtout, ce moment en vidéo, va-t-il ouvrir le sésame de l’urne pleine ?

L’ampleur du phénomène mérite de se poser quelques questions.

Le lip dub, proprement dit, et sous cette dénomination, est une trouvaille de Jake Lodwick, fondateur de Vimeo, qui avait trouvé amusant, en 2006, de se filmer dans la rue en train de chanter avant de doubler sa voix. Celui, très regardé, des étudiants de l’université de Québec, sur la musique des  Black Eyed Peas, a donné le coup d’envoi et ouvert une brèche dans la créativité lipdubienne. Ces premiers clips se veulent bon enfant, création et amusement étant leur gouvernail.

Ce ne fut pas forcément le cas de ceux qui suivirent, revendiquant une cause, mettant en exergue un conflit, portant à bout de playback une opinion précieuse.

A partir de là, tout était possible. Gardant la ligne droite de « bonne humeur », le lip dub parcourt un chemin entre cohésion d’équipe, demande en mariage, mise en valeur d’une entreprise, éloge (pas encore funèbre, mais il y a de l’idée…)

Le clip chanté ne serait donc que l’arrière petit-fils de l’épopée, de la chanson de gestes, du dithyrambe, de l’épithalame et j’en passe…

Mais que veut vraiment notre candidat chanteur ? Au hasard : faire sourire, se démarquer, informer de son programme…

Et qu’en est-il vraiment ?

Si le lip dub provoque un sourire, on voit qu’il est souvent teinté de sarcasme.

Le candidat se fait effectivement remarquer, oui. Mais plus l’outil est utilisé et généralisé, moins il est original. Le clip risque de se noyer dans la masse.

Un peu comme le programme, étouffé par les rires, au pire, camouflé par la musique, au mieux.

Donc, reprenons : que cherche vraiment le candidat ?

Etre élu ! Mais sans passer pour un clown. Il tient donc à asseoir sa crédibilité en donnant un aperçu de ses compétences. On est loin du « votez pour moi parce que j’assure au karaoké » !

Pour cela, il est effectivement capital de sortir de la multitude. Chose plus aisée pour le candidat en tête de liste que pour le numéro 23 ou 42 qui en est à son premier coup.

Hum… se démarquer sans perdre en crédibilité… Pas simple. Mais peut-être peut-on gagner en proximité ? Un lip dub mal fagoté offre un arrière goût de « je suis comme vous » (sous-entendu : j’ai peu de matériel parce que ce n’est pas mon métier et que je n’ai pas de temps à perdre dans les finitions, en fait, c’était juste pour rire).

Bon, j’arrête de critiquer. Si vous êtes vraiment tenté par l’expérience, de grâce, faites ça bien. C’est à dire :

– Posez-vous les bonnes questions. Si vous avez lu « la parole en public pour les timides, les stressés et autres tétanisés », vous avez peut-être retenu qu’il y a une différence entre objectif : « qu’est ce que je veux obtenir/provoquer » et message : « qu’est-ce que je veux qu’ils retiennent de mon intervention ».

– Ajoutez-y une intention d’image : « J’aimerais qu’ils me trouvent sympa/compétent/arrogant/ridicule » (Biffez…)

– Trouvez une musique qui correspond à votre message (pas à votre objectif !) et là…attention. Evitez absolument la chanson dépassée de peu. Celle qui nous a noyé les oreilles il y a un an ou deux. Préférez le tube international ou carrément celui d’il y a 20 ans.

L’important est qu’il parle à tous. Que sa musique soit associée à un souvenir agréable (ce qui n’est jamais le cas de la chanson pas trop récente).

La musique est un excellent facilitateur de mémorisation. Un déclencheur d’émotion. Choisissez-là avec soin, ce n’est vraiment pas un élément à négliger.

– Ne négligez pas plus que l’équipe de tournage (des pros) de montage (idem) et de diffusion.

– Et surtout : donnez tout ! Ne faites pas les choses à moitié. Vous voulez vous faire remarquer, alors, lâchez-vous. Il n’y a rien de pire qu’un sourire de malaise dans un lip dub, qu’un petit pas gêné. Vous allez faire les choses à fond ! Et faire les choses à fond, c’est aussi une compétence que vous voulez mettre en avant non ?

 

Au boulot!

 

Geneviève

Comment gérer le brouhaha quand vous parlez en public ?

 

Vous avez rédigé votre intervention avec soin. Vous l’avez relue plusieurs fois, peut-être même devant des amis, dans votre bureau. Ils vous ont écouté attentivement et vous ont dit : « oui, c’est bien ».

« Oui, c’est bien » : le petit mot qui vous a donné confiance, vous pouvez donc vous lancer devant un public plus important. Continuer la lecture de « Comment gérer le brouhaha quand vous parlez en public ? »

Les fameux « discours de rentrée ».

Nous sommes au début du mois de septembre et nous avons tous, probablement, déjà assisté à l’un ou l’autre discours de rentrée. Certains en ont même déjà prononcé un ou s’apprêtent à le faire.

Souvent, cette première prise de parole après les vacances a pour objectif soit de souhaiter la bienvenue, de se présenter, d’informer d’un nouvel ordre intérieur, de répondre à la tradition, de motiver son équipe, d’annoncer le programme à venir, etc.

Et souvent, ce discours de rentrée est… barbant. Et long. Ce qui le rend encore plus barbant.

Si vous devez prendre la parole dans les jours qui suivent, et que vous ne comptez pas endormir vos auditeurs, je vous propose un petit topo.

–       Les objectifs cités ci-dessus sont un peu faiblards. Le vôtre doit être fort. Parlez pour faire évoluer, changer un courant de pensée, mobiliser autour d’une idée, améliorer un comportement. Et pas seulement pour informer. Votre prise de parole doit, le plus souvent, comprendre un « plan d’action » pour le public auquel elle est destinée. Une phrase commençant par « voilà ce que j’attends de vous », va immédiatement attirer l’attention. A condition de ne pas la susurrer entre vos dents.

–       Utilisez des images fortes, des mots colorés. Métaphores, comparaisons, exemples et anecdotes, plutôt que phrases longues et vides de sens. Rendez votre intervention « visible », provoquez l’imagination de l’assistance. Racontez une histoire. Lâchez-vous, ce n’est pas le moment d’être scolaire. Même si vous êtes directeur d’école !

–       Si votre discours est précédé d’un ou plusieurs autres, ne prenez pas la même place que vos prédécesseurs. Ils parlaient à droite, allez à gauche. Ou l’inverse. Venez sur le devant, prenez le public par surprise, il vous en sera reconnaissant. Vous avez un pupitre et ça vous semble difficile ? Contournez-le. Le micro est fixé sur le pupitre ? Oui, là, vous êtes mal. Mais l’an prochain vous saurez qu’il faut demander un micro cravate ou pas de micro du tout si vous avez une bonne voix. Pas de pupitre, c’est encore mieux.

–       Une bonne intervention est une intervention brève. Ne comptez pas garder l’attention de vos ouailles trop longtemps. Surtout si un cocktail est programmé et que les plateaux de zakouskis trépignent à deux mètres de vous. Si on vous donne la parole pendant 10 minutes, n’en prenez que 7 (et de grâce, ne faites jamais l’inverse !). Pensez qu’au bout de quelques minutes, le public n’entend plus que « bla-bla-bla ». Pas très productif, n’est-ce pas ?

–       Et enfin… faites-vous plaisir. Profitez de ce moment divin où tout le monde vous écoute. Votre parole est un vecteur de communication puissant. Soignez-là et aimez ça, vous n’en serez que plus convaincant.

 

Bonne rentrée, donc.

 

Geneviève

 

Confidentiel : coaching de François Hollande

Monsieur le Président,

Je viens de regarder avec beaucoup d’attention les vœux que vous avez souhaités aux Français ce lundi 31 décembre 2012.

J’ai écouté attentivement vos quelques minutes de discours. Une fois, deux fois, dix fois.

Franchement, de vous à moi, vous n’êtes pas mal.

Vous avez une belle stature d’orateur, une gestuelle haute, des épaules hypotoniques, un regard franc. Bref, tout ce que beaucoup de piètres orateurs pourraient vous envier.

En comparant avec quelques vidéos des années et même mois passés, je vous trouve en nette amélioration. Vous prenez de l’aisance et vous êtes agréable à écouter.

 

Alors, pourquoi est-ce que ça ne fonctionne pas ? Pourquoi ai-je ce sentiment de « ça ne va pas », alors qu’à première vue, vous avez tous les ingrédients  pour faire « prendre la sauce » ?

Monsieur Le Président, François, laissez-moi vous donner un conseil. Ca vaut ce que ça vaut, vous en ferez ce que vous voulez, mais je serais vous, je m’écouterais.

Qu’attend-on des présentations en public d’un homme d’Etat ?

Actuellement, on considère qu’un Président de la République est naturellement rassurant, empathique, charismatique, fédérateur, et qu’il montre sa compétence à travers ses prises de parole.

Est-ce vraiment l’impression que vous laissez, François ?

Pas vraiment. Il suffirait pourtant de pas grand chose.

 

A première vue, j’ai identifié deux imperfections qui peuvent être améliorées facilement.

 

1. La première, et elle est importante, est votre débit de parole. Vous mangez vos mots, c’est épouvantable ! A partir de trois ou quatre syllabes, les voyelles n’ont plus leur place, les consonnes se bousculent, se chevauchent et « stabilité de croissance » devient « sabité d’crssance »

Est-ce vraiment capital ?

Oui, ce l’est. Vous savez que le charisme se révèle aussi par le langage maitrisé, le débit apaisé.

Prenez quelques minutes pour vous réécouter  et portez particulièrement attention à :

– Mes chers compatriotes (ça commençait mal, c’est votre première phrase !)

– Désendetter

– Conseil constitutionnel

– Allocation de rentrée scolaire

– Reconnaissance

Tous ces mots, toutes ces expressions sont devenues des boulettes de papier mâché.

 

Ça se soigne ?

Oui et rapidement.

François : articulez !  Placez discrètement un crayon dans votre bouche, coincé entre les dents, pointe vers le plafond, et répétez après moi :

– His-to-rique

– Zo-ne eu-ro

– Ces-dé-ci-sions

– Ce-tte am-bi-tion

– Spé-cu-la-tion

 

N’ayez pas peur d’exagérer, jusqu’à ce que vos joues vous fassent mal.

Je vous recommande une page de livre matin et soir, avec et sans crayon. Résultat garanti !

 

2. Le lien que vous créez via l’écran est générateur d’attachement. A travers les sentiments positifs que vous laissez passer, peut se tisser une affection. C’est souvent le cas avec les présentateurs de JT, comme ce le fut avec les speakerines et ce l’est encore avec les animateurs de jeux, par exemple.

Vous êtes derrière votre pupitre, mais pour moi vous êtes dans mon salon et vous me parlez à moi. Le temps d’une intervention, vous me présentez vos vœux à moi toute seule. Et je m’attends donc à ce que vous soyez concerné par ma personne, mon bien-être, mon avenir.

Et je vous trouve tellement froid, François. Pas un mauvais bougre, non, vous avez une bonne bouille, mais vous mettez une telle distance entre vous et moi !

 

Ca se soigne ?

Evidemment !

 

Pour que ça fonctionne, comme vous n’êtes pas une machine, il va vous falloir un ami dans la place, une bonne relation avec le preneur de son, le réalisateur, le maquilleur ou toute autre personne placée au bout de votre regard.

Parler à une caméra et imaginer que vous êtes dans mon salon n’a rien de très excitant, j’en conviens. Mais parler pour quelqu’un que vous appréciez va apporter une autre couleur.

Votre visage va s’ouvrir et devenir mobile. Avouez que là, il est un peu figé, comme si vos muscles faciaux étaient à l’arrêt, laissant seulement se lever vos sourcils de temps à autre.

François, nous ne pouvons pas avoir de relation affective avec un homme dont le visage est immobile. C’est trop difficile. Je veux voir vos émotions, je veux vous sentir concerné, impliqué, présent avec moi dans mon salon !

 

Monsieur Le Président,

 

Je vous dirais bien que vous avez une année entière, jusqu’à vos prochains vœux, pour améliorer vos performances d’orateur. Mais il y a urgence et vous le savez mieux que moi.

Je ne vous propose donc pas de longs mois pour être au top, mais juste quelques jours.

Pour que nous soyons bien en phase, je récapitule :

 

– Ralentissez le débit

– Articulez

– Laissez paraître vos émotions

– Et, tant que j’y suis, relisez mon article « tendre la joue gauche, le secret pour gagner les élections » et voyez à quel point vous tendez la droite.

 

N’hésitez pas à m’appeler, je vous donnerai un coup de main et dans l’action, je vous révélerai encore quelques conseils.

Et, je l’ai écrit plus haut : je vous garantis le résultat !

 

Bonne année à vous aussi,

 

Geneviève

 

 

Envie d’améliorer vos prises de parole en public ?

 

Vous êtes nerveux quand plus de deux personnes vous écoutent ?

Vous aimeriez parler avec fluidité sans chercher vos mots ?

Vous voulez atteindre la cible et convaincre du premier coup ?

Votre public ronfle ou lit ses mails dès que vous ouvrez la bouche ?

Vous trouvez terriblement injuste que certains semblent naturellement à l’aise quand ils parlent ?

Pire : qu’ils impressionnent ?

Vous aussi vous voudriez être félicité après une prise de parole ?

Et être fier de vous ?

Vous voulez passer de Citrouille en Carrosse ?

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On va arranger ça.

Un mardi par mois, venez vous dégourdir la langue.

Je vous propose 10 séances de travail ludique pour progresser considérablement en prise de parole.

Au programme :

Prendre la parole avec plaisir sans stress

Convaincre grâce à un message clair

Utiliser le trac à bon escient

Doper votre esprit de répartie et répondre aux questions avec aisance

Analyser votre langage corporel et gérer votre image en public

Utiliser des supports visuels pertinents

Devenir un orateur brillant

Enthousiasmer votre public

En pratique :

– Un mardi par mois

– De 18.30 à 21.30

– Sur les hauteurs de Liège, en pleine nature (Fayembois)

– Première séance le mardi 8 septembre 2015

– Inscription et infos : 0477/38 60 58 ou via le formulaire de contact de ce site

– Prix : 270€ pour l’année

 

Comment communiquer avec les lâches, les dégonflés, les poltrons, ceux qui préfèrent mourir plutôt que de s’engager en vous regardant dans les yeux.

Le lâche, c’est :

  • – Christophe qui préfère vous quitter par mail. Mail qu’il écrit alors que vous êtes endormie dans son lit.
  • – Juliette qui sous pseudo se lâche violemment dans les commentaires des articles de presse.
  • – Alex qui s’est soudain tu lorsque sa compagne s’est dressée contre sa sœur, alors qu’ils en avaient longtemps discuté.
  • – François qui glisse dans une boite une lettre non signée pour dénoncer un « ami ».
  • – Marie qui garde une décision capitale sous silence alors qu’elle concerne son collègue.
  • – …

Continuer la lecture de « Comment communiquer avec les lâches, les dégonflés, les poltrons, ceux qui préfèrent mourir plutôt que de s’engager en vous regardant dans les yeux. »

Mes 10 souhaits pour 2017

 

Finalement, mes voeux 2016 n’étaient pas mal du tout.

Certains disent « Bonne Année », chaque année. Moi, je vous souhaite ceci, chaque année : 
2017

– Je vous souhaite de casser votre télévision, de sectionner le câble, de l’enfouir dans la cave à vin et de gagner quelques heures de liberté par jour.

– Je vous souhaite de vous enfiler des livres, des romans, des essais, des livres pros à gogo. Lisez Proust ou un livre de recettes, feuilletez avec avidité, même un peu, quelques minutes, mais lisez.

– Je vous souhaite de vous lever plus tôt le matin et de profiter de ces moments seuls et au calme pour bouquiner (encore), écrire et sauter sur place. Cet instant chéri où vous vous dites que le monde vous appartient.

– Je vous souhaite de dessiner, croquer sans censure, colorier, imaginer. Prenez une feuille et griffonnez votre voisin de table, gribouillez une pensée, un mot d’enfants, représentez votre soirée ou vos projets en quelques traits.

– Je vous souhaite de dire oui. Même s’il vous a fallu 10 ans pour apprendre à dire non. Oui à tout, au changement, au progrès, aux transitions, à la balade dans les bois humides, à un nouveau resto, à une sortie insolite…

– Je vous souhaite de faire le poirier chaque jour. De voir le monde à l’envers et d’émettre des suppositions : « Et si je faisais l’inverse? »

– Je vous souhaite d’inviter vos voisins, vos amis plus souvent. De créer des mises en relation, peut-être étonnantes, de découvrir ceux que vous croisez sans vraiment les connaître.

– Je vous souhaite de jouer, de sortir de votre armoire ce jeu qui vous attend depuis 10 ans, cet autre dont vous n’avez jamais soulevé le couvercle ou une fois peut-être.

– Je vous souhaite prendre des risques, parce que la vie est sacrément courte et que si vous devez être audacieux, c’est maintenant.

– Et finalement, je souhaite que vous vous disiez, le 31 décembre 2017, que vous en avez profité à fond.

Excellente année 2017, avec toute mon amitié,

Geneviève

 

 

Comment communiquer avec les : « ça a toujours été comme ça », « on ne peut rien y faire », « le règlement c’est le règlement », « il faut bien que je fasse mon métier » ?

On en croise partout, ceux qui se retranchent derrière une fonction, une loi, un règlement intérieur ou même une coutume ou une convention.

Ceux qui ne prennent pas de décision parce qu’elles ont déjà été prises pour eux et qui surtout ne veulent pas la remettre en cause. Même si ça pénalise un interlocuteur, pourrit les relations de voisinage, sanctionne un élève, met à mal un client, condamne une relation.

Le cynique Cheval, dans Le Dîner de Cons.
Le cynique Cheval, dans Le Dîner de Cons.

 

Les « c’est comme ça, je ne peux pas changer la loi quand même » coincés dans leur rigidité et dans leur manque d’engagement ne se cachent même pas, gênés qu’ils pourraient être de mettre dans l’embarras le quidam qui leur demande un service (Vous n’y pensez pas ! Si ça se sait, si je le fais pour vous, je dois le faire pour tout le monde !).

Ils cultivent leur manque de bon sens, souvent les mâchoires serrées, fiers de leurs principes (un principe, ça ne se discute pas) et de leurs certitudes.

C’est souvent les mêmes qui se camouflent derrière un rôle : l’agent, le curé, le prof, le directeur, le vigile, voire le « rôle » masculin ou féminin.

Dans tous les cas, ils ne sont pas responsables, ce n’est pas eux qui ont choisi, pensez-vous. Mais « mon chef à dit », « l’ordinateur a détecté », « ce n’est pas moi qui fais les lois » revient couramment dans leurs arguments. Et bien sûr, hors de question de faire les choses à moitié : si vous entrez dans cette agora, vous devez tout accepter. Si vous endossez une religion, vous l’appliquez à la lettre. Le savoir-vivre ? C’est tout ou rien. On ne peut pas piocher comme ça comme on veut. Mais qu’est-ce que vous croyez ?

Parce que le « c’est comme ça » va en plus vous culpabiliser. Vous manquez d’intégrité, vous ne pensez pas aux autres, pire : vous voulez des privilèges.

Souvent, après une conversation avec un « c’est comme ça » on ressent un léger malaise.

Au mieux, vous avez identifié le phénomène et pouvez murmurer : quel crétin, vivement que je me sauve.

Fuyez si vous le pouvez.

L'angoissant pion Argus Rusard, dans Harry Potter
L’angoissant pion Argus Rusard, dans Harry Potter

 

Mais si « C’est comme ça » est planté sur votre route, et que vous ne pouvez l’éviter, voire si vous l’avez chez vous, à demeure, parmi vos meubles, si c’est votre conjoint (et je ne peux que soupirer devant votre manque de discernement lorsque vous l’avez élu), voici quelques petits trucs pour le comprendre et surtout le supporter.

 

Le « C’est comme ça », qui parsème son discours de « On ne peut pas dire que c’est ma faute » et « tout le monde est logé à la même enseigne » est en fait un trouillard. Un vrai dégonflé. Il s’estime gardien de l’ordre mais il redoute le reproche, l’échec, le commentaire de son supérieur à qui, au grand jamais, il n’oserait s’opposer.

Il a en lui une faille gigantesque. Un comportement dénigrant de ses parents, une rupture douloureuse, ou quoi que ce soit : il se sait imparfait mais voudrait tellement l’oublier.

Le « C’est comme ça » a besoin d’approbation et caché derrière le règlement il ne peut pas se tromper. Il aime être valorisé : il a bien travaillé, bien respecté les règles, c’est un bon petit soldat.

 

Ce qu’il ne va pas supporter, c’est le sarcasme. Ni de la part de celui qui lui donne les directives, ni de celui à qui il pourrit la vie pour respecter les directives du premier.

Et si par malheur la victime du « c’est comme ça » fait appel à son bon sens, son empathie, il va se rigidifier. Et ce n’est pas avec vous qu’il va se dire : tiens ce serait cool d’analyser un peu mon comportement, de voir si c’est vraiment futé ce que je suis en train d’affirmer, si je ne devrais pas être un peu plus souple…

Non avec vous, il est sûr de lui. Il persiste. Faites appel à sa clémence, il s’obstine, dites-lui qu’il manque de logique et là vous êtes mort !

Votre seule issue : lui donner raison.

« Bien sûr que oui, c’est votre rôle de faire respecter le règlement d’ordre intérieur. Je comprends bien qu’on ne peut pas boire dans le local de formation, même s’il pleut dehors, que les participants sont là depuis 4 heures et se déshydratent. Je comprends bien qu’il y a un risque de faire des taches. Même avec les adultes il faut être prudent, c’est si vite arrivé. »

« Vous avez raison, l’heure c’est l’heure et je suis en retard. C’est entièrement ma faute. »

« Vous avez raison, il y a des débordements qu’il ne faut pas laisser passer, ça mérite une punition. Je suis désolé. »

« Vous avez raison, j’ai manqué de persévérance… »

 

Normalement, « C’est comme ça » va grogner et en rajouter un petit peu, le menton en avant. Histoire de vous montrer que c’est lui le Cerbère.

Mais il est apaisé. Même s’il reste sur ses gardes.

Imaginez un peu sa tête si vous aviez dit : Mais c’est n’importe quoi votre règlement. Ils ont soif, ils boivent, on n’a pas trois ans ! Et vous n’avez pas vu le trafic ? Vous n’allez pas chicaner pour 5 minutes de retard. C’est bon là, 100 euros d’amendes pour un papier mal rempli ? Vous délirez !

Vous en mourrez d’envie, mais ce n’est pas ce que vous allez faire. Restez-en au poli « vous avez raison ».

Mais si « c’est comme ça » est calmé, rien n’est encore gagné. Si vous n’avez pas remporté sa confiance, vous avez au moins dissipé sa méfiance. Hélas, ça ne vous donne pas le droit de boire.

Alors cessez d’espérer : vous ne l’aurez pas. Vous pouvez toujours tenter de faire votre coup en douce quand il a le dos tourné (maintenant qu’il est moins méfiant) ou, beaucoup mieux, lui dire que vous vous portez garant. « Il n’y aura pas de tache. Et s’il y en a, je remplace la moquette ».

En faisant cela vous lui enlevez la responsabilité. Deuxième soulagement.

Pour que le « c’est comme ça » s’assouplisse finalement, il va vous falloir de la patience, beaucoup de gentillesse, de l’abnégation et peut-être quelques heures de yoga.

Retenez que le « vous avez raison » est salutaire.

Et si d’aventure, dans les jours qui viennent, quelqu’un utilise cette formule avec vous alors que vous percevez qu’il n’est pas du tout d’accord avec ce que vous affirmez, c’est que vous êtes un « C’est comme ça » et que vous avez intérêt à vous remettre en question avant que tout le monde lise cet article.

Geneviève

Fêtes de famille : tous les (sales) coups sont permis.


Le sapin est magnifique, cette année, il est vraiment réussi. La dinde dore à la lumière du four, les verres scintillent en attendant le Champagne, ma petite robe noire me sied à ravir. Pour le réveillon, j’ai accumulé les clichés. Ma décoration de Noël semble sortie d’un magazine de déco traditionnelle.

Sapin Famille

 

Mais soit, je suis ainsi certaine de ne commettre aucun faux-pas. Je m’attends donc à passer une excellente soirée avec Jules, ses parents et les miens, mon frère, sa femme et leurs deux enfants.

J’adorerais adorer les fêtes de famille, toute cette chaleur partagée, ces souvenirs évoqués, ces fous rires complices, cet humour qui fait rire chacun, tant il remet en mémoire des événements communs.

En réalité, ma famille est plutôt pourrie. Ma mère boit trop, mon père fait des blagues de potache, les parents de Jules sont imbuvables de prétention, mon frère est niais, sa femme sarcastique, sa fille ado de type « c’est-nul-quand-est-ce-qu’on-se-barre » et son gamin encense ses crottes de nez.

Et tous ces joyeux convives me trouvent certainement sans-gêne, extravertie, mêle-tout, bref sauvageonne et infréquentable.

Nous célébrons donc Noël dans une parfaite ambiance d’hypocrisie, la soirée sera ponctuée de sourires artificiels, de compliments feints, de gentillesse forcée à grand renfort de vin rouge.

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C’est seulement vers 23h que le vernis commence à craqueler, au moment même où l’on a envie de retirer ses chaussures sous la table et de desserrer sa ceinture.

Un flot de paroles retenues pendant toute la soirée explose comme un feu d’artifice aux couleurs de langues fourchues. Je prends en plein visage une vague de critiques camouflée sous une couche de compliments, des reproches enrobés de bienveillance, de ceux auxquels il est difficile de réagir sous peine d’entendre le nauséabond « c’est pour ton bien ! »

S’ensuivent quelques beaux lieux communs sur les femmes, les homos, les étrangers, les pauvres, les vieux, les handicapés et même les footballeurs. C’est la nouveauté 2015.

Passée l’envie de me brosser les dents devant tout le monde pour bien montrer aux invités qu’il est temps de quitter les lieux, je me prépare à une riposte dans les règles, digne des fêtes de famille les plus mouvementées.

Je garde bien en tête que j’ai envie de conserver de bonnes relations, que ce sont des gens auxquels parfois je tiens, mais qu’il est hors de question de me laisser piétiner de la sorte.

Quelques exemples de piques reçues en une seule soirée et d’exemples de ripostes :

 

Belle-Maman

– Le rangement, on ne pourra jamais dire que c’est ton fort.

– Oh vous savez, Belle-Maman, ma maison est à l’image de ma vie sexuelle : un joyeux bordel !

 

– Tu devrais penser à diminuer un peu ton horaire de travail.

– Je pense surtout diminuer le nombre de bouteilles de Champagne pour ce soir, je crois.

 

– J’aimerais t’offrir une petite séance de maquillage chez mon esthéticienne, ça te ferait le plus grand bien.

– C’est gentil, merci, mais je n’ai jamais aimé le cirque.

Papa

– Si tu viens à la maison pour le Nouvel An, n’amène surtout pas cette piquette.

– « Qui dit piquette à Noël, dit piquette au Nouvel An », proverbe français !

 

– Aujourd’hui, je ne dis rien sur les bonne-femmes, parce que la dernière fois, elle l’a mal pris. C’est fou ce qu’elle est susceptible !

– La « bonne-femme » est susceptible de reprendre un verre de piquette ! Passe la bouteille !

Maman

– Déjà toute petite tu voulais faire autrement que les autres. Quelle idée de servir une salade de fruits au lieu de la bûche !

– C’est pour que tu puisses mieux tenir tes résolutions. Dis-moi merci.

 

– Je ne sais pas comment Jules te supporte !

– Oh tu sais, maman, la plupart du temps, je me mets en dessous.

Belle-Soeur

– On vit dans un pays horrible. Chaque année, je me dis que je vais déménager. Mais cette fois, c’est pire !

– Avec un peu de chance, tu ne seras plus là l’an prochain pour nous le répéter.

 

– Je déteste la dinde, tu as oublié ?

– Moi je t’aime bien pourtant.

 

– Il y a toujours une odeur un peu bizarre chez toi.

– C’est l’odeur de l’amour et de l’harmonie, tu ne connais pas ?

 

Allons bon, je m’en vais noyer mon acidité dans un verre d’eau gazeuse. Nous aimons tous nous détester. Nos abyssales divergences ne nous empêchent pas de partager des cadeaux cachés sous le sapin, de sourire en recevant un livre qu’on ne lira jamais ou un accessoire de massage inutile d’une couleur hideuse. Ces petits cadeaux nuls qu’on s’offre, parce que c’est la convenance, et qui tombent à côté de la plaque puisqu’on ne se connaît vraiment pas bien.

Il m’arrive d’aimer ces quasi-inconnus intolérants et intransigeants. Mais je remercie, du fond du coeur, le Père Noël de ne les voir qu’une fois par an.

Joyeuses fêtes,

Geneviève