Confidentiel : coaching de François Hollande

Monsieur le Président,

Je viens de regarder avec beaucoup d’attention les vœux que vous avez souhaités aux Français ce lundi 31 décembre 2012.

J’ai écouté attentivement vos quelques minutes de discours. Une fois, deux fois, dix fois.

Franchement, de vous à moi, vous n’êtes pas mal.

Vous avez une belle stature d’orateur, une gestuelle haute, des épaules hypotoniques, un regard franc. Bref, tout ce que beaucoup de piètres orateurs pourraient vous envier.

En comparant avec quelques vidéos des années et même mois passés, je vous trouve en nette amélioration. Vous prenez de l’aisance et vous êtes agréable à écouter.

 

Alors, pourquoi est-ce que ça ne fonctionne pas ? Pourquoi ai-je ce sentiment de « ça ne va pas », alors qu’à première vue, vous avez tous les ingrédients  pour faire « prendre la sauce » ?

Monsieur Le Président, François, laissez-moi vous donner un conseil. Ca vaut ce que ça vaut, vous en ferez ce que vous voulez, mais je serais vous, je m’écouterais.

Qu’attend-on des présentations en public d’un homme d’Etat ?

Actuellement, on considère qu’un Président de la République est naturellement rassurant, empathique, charismatique, fédérateur, et qu’il montre sa compétence à travers ses prises de parole.

Est-ce vraiment l’impression que vous laissez, François ?

Pas vraiment. Il suffirait pourtant de pas grand chose.

 

A première vue, j’ai identifié deux imperfections qui peuvent être améliorées facilement.

 

1. La première, et elle est importante, est votre débit de parole. Vous mangez vos mots, c’est épouvantable ! A partir de trois ou quatre syllabes, les voyelles n’ont plus leur place, les consonnes se bousculent, se chevauchent et « stabilité de croissance » devient « sabité d’crssance »

Est-ce vraiment capital ?

Oui, ce l’est. Vous savez que le charisme se révèle aussi par le langage maitrisé, le débit apaisé.

Prenez quelques minutes pour vous réécouter  et portez particulièrement attention à :

– Mes chers compatriotes (ça commençait mal, c’est votre première phrase !)

– Désendetter

– Conseil constitutionnel

– Allocation de rentrée scolaire

– Reconnaissance

Tous ces mots, toutes ces expressions sont devenues des boulettes de papier mâché.

 

Ça se soigne ?

Oui et rapidement.

François : articulez !  Placez discrètement un crayon dans votre bouche, coincé entre les dents, pointe vers le plafond, et répétez après moi :

– His-to-rique

– Zo-ne eu-ro

– Ces-dé-ci-sions

– Ce-tte am-bi-tion

– Spé-cu-la-tion

 

N’ayez pas peur d’exagérer, jusqu’à ce que vos joues vous fassent mal.

Je vous recommande une page de livre matin et soir, avec et sans crayon. Résultat garanti !

 

2. Le lien que vous créez via l’écran est générateur d’attachement. A travers les sentiments positifs que vous laissez passer, peut se tisser une affection. C’est souvent le cas avec les présentateurs de JT, comme ce le fut avec les speakerines et ce l’est encore avec les animateurs de jeux, par exemple.

Vous êtes derrière votre pupitre, mais pour moi vous êtes dans mon salon et vous me parlez à moi. Le temps d’une intervention, vous me présentez vos vœux à moi toute seule. Et je m’attends donc à ce que vous soyez concerné par ma personne, mon bien-être, mon avenir.

Et je vous trouve tellement froid, François. Pas un mauvais bougre, non, vous avez une bonne bouille, mais vous mettez une telle distance entre vous et moi !

 

Ca se soigne ?

Evidemment !

 

Pour que ça fonctionne, comme vous n’êtes pas une machine, il va vous falloir un ami dans la place, une bonne relation avec le preneur de son, le réalisateur, le maquilleur ou toute autre personne placée au bout de votre regard.

Parler à une caméra et imaginer que vous êtes dans mon salon n’a rien de très excitant, j’en conviens. Mais parler pour quelqu’un que vous appréciez va apporter une autre couleur.

Votre visage va s’ouvrir et devenir mobile. Avouez que là, il est un peu figé, comme si vos muscles faciaux étaient à l’arrêt, laissant seulement se lever vos sourcils de temps à autre.

François, nous ne pouvons pas avoir de relation affective avec un homme dont le visage est immobile. C’est trop difficile. Je veux voir vos émotions, je veux vous sentir concerné, impliqué, présent avec moi dans mon salon !

 

Monsieur Le Président,

 

Je vous dirais bien que vous avez une année entière, jusqu’à vos prochains vœux, pour améliorer vos performances d’orateur. Mais il y a urgence et vous le savez mieux que moi.

Je ne vous propose donc pas de longs mois pour être au top, mais juste quelques jours.

Pour que nous soyons bien en phase, je récapitule :

 

– Ralentissez le débit

– Articulez

– Laissez paraître vos émotions

– Et, tant que j’y suis, relisez mon article « tendre la joue gauche, le secret pour gagner les élections » et voyez à quel point vous tendez la droite.

 

N’hésitez pas à m’appeler, je vous donnerai un coup de main et dans l’action, je vous révélerai encore quelques conseils.

Et, je l’ai écrit plus haut : je vous garantis le résultat !

 

Bonne année à vous aussi,

 

Geneviève

 

 

Confidentiel : Coaching du Pape François

 

Très Saint-Père,

Tel Arnolphe désirant épouser une jeune fille innocente au sortir du couvent (1), j’aime conseiller les papes dès qu’ils entrent en fonction, lorsqu’ils sont encore empreints de fraîcheur.

Je ne vous laisserai donc pas vous reposer sur votre statut nouvellement acquis, François, premier du nom. Vous serez mon Agnès. Il nous appartient désormais, à nous deux, de faire de vous un tribun, avant qu’un dévot vous guide maladroitement.

Lors de votre première apparition, vous avez rapidement donné le ton. Votre discours  semblait un brin improvisé et vous avez laissé paraître vos émotions. Vous filez également un coup de main pour placer votre écharpe. D’emblée on se dit : celui-là, il ne se prend pas la tête.

Et c’est confirmé plus tard lorsque vous vous exprimez : vous avez les sourcils de la naïveté. Excellent truc connu de tous les vendeurs de tapis pour inciter le chaland à acheter. Les sourcils hauts aident à convaincre mais font aussi partie de la panoplie des gentils et des naïfs.

Souvenez-vous de ceux de Richard Anconina le perpétuel étonné de « Itinéraire d’un Enfant gâté ».

Pape François et Anconina en communion de naïveté

Bref, vous paraissez savoir ce qu’il faut faire pour séduire un public.

Un public relativement acquis disons.

Un public qui s’est déplacé. Un public de fidèles.

Il reste les autres. Les mécréants, les Sarrasins, les infidèles, les païens, les impies, les renégats, les égarés et ceux qui s’en moquent. 6 milliards d’humains quand même. Au bas mot. Ce n’est pas à négliger.

Et c’est un projet bien ambitieux que d’évangéliser le monde, remplir les églises, motiver, faire adhérer à ses idées, inspirer, surtout de convaincre ceux qui n’en ont que faire, qui vous conspuent, qui vous honnissent.

Mais, grâce au Ciel, je suis sur votre chemin. Et je suis une excellente coach papale !

Certes, un peu orgueilleuse, mais le Grand Livre de la Si-Trouille ne dit-il pas, au chapitre 2, verset 7-9 : « Tu t’estimeras à ta juste valeur, jamais tu ne feras preuve de fausse modestie et tu ne nieras point la force de tes talents » ?

 

Pape François

 

Voilà qui est dit, maintenant, commençons !

Vous avez peu de temps pour vous révéler. Vous connaissez le pouvoir de la première impression. Usez donc de cette image positive que vous avez donnée de vous-même sur le balcon de la place Saint-Pierre.

Vous êtes devenu un leader malgré vous, et vous êtes bien soutenu par le décorum, le protocole et les costumes scéniques. C’est une stratégie marketing au poil !

Mais largement insuffisante, si l’on en juge par le nombre de vos détracteurs.

Vous le savez, le leader est charismatique, empathique, humain, convaincu, crédible, assuré mais il reconnaît ses erreurs. Je vais vous donner trois trucs faciles.

 

1. Reconnaître ses erreurs

 

Voilà un point intéressant.

Dans le livre « les Erreurs des Autres », dont les références sont ci-dessous, les auteurs expliquent qu’il est d’usage d’invoquer des circonstances ou de rejeter la faute sur un autre, lorsque nous sommes confrontés à nos propres erreurs.

L’erreur non reconnue agace, irrite ! Le leader, aussi charismatique soit-il, perd toute crédibilité au moment même où il s’entête à nier l’évidence. Regardez nos responsables politiques, certains ont même développé un mouvement d’épaule (dit « de Caliméro ») pour appuyer leur sincérité.

N’entrez pas dans ce piège. Vous perdrez immédiatement le bénéfice de cette première image. Regardez franchement derrière vous. Soyez transparent. Et n’hésitez pas à déclarer de temps en temps : « j’ai foiré ».

 

2. Développer son empathie

 

Peut-on être bon et intelligent et s’opposer au mariage gay, à l’égalité des sexes et à la contraception ?

C’est ce dont vous devez nous persuader si vous voulez récupérer un autre milliard de potentiels fidèles.

Notez au passage que si vous changez d’avis à propos des propositions ci-dessus, vous en récupérez bien plus et n’en perdrez qu’une poignée. A vous de voir…

Développez donc votre empathie. Nous savons depuis une dizaine d’année que nous sommes munis de neurones miroirs. Vous ne devriez même pas avoir à faire d’efforts.

Le leader est humain. Il connaît ses ouailles. Il est à l’écoute. C’est le moment de prêter une oreille à ceux qui hurlent.

 

3. Oser changer

 

Il paraît, on le dit souvent, qu’un homme ne change pas. Que lorsqu’on le choisit, il faut le prendre tel quel, en l’état.

Pour avoir fait de nombreuses fois l’expérience du contraire, même avec des hommes d’Eglise, je vous assure que ce n’est pas vrai.

Je vous souhaite d’être comme le bon vin.

 

Geneviève

 

(1) Pour les non littéraires ou les curieux de réviser leurs classiques http://fr.wikipedia.org/wiki/L’École_des_femmes

Confidentiel : Coaching de Jean-Marc Ayrault

 

Monsieur Le Premier Ministre,

Pas mal, votre vidéo. Franchement, ça a de l’allure, l’idée est novatrice, le message est clair : vous appelez à la mobilisation générale et surtout, c’est concis. 3 minutes, c’est juste ce qu’il faut pour que l’internaute ne décroche pas.

Je vous vois sourire : « Ouf, elle n’a rien à redire, me voilà en paix pour les vidéos à venir. »

Loin de moi l’idée de vous décevoir. Moins encore de vous brimer. Mais je me sens en devoir de vous donner une petite leçon de charisme visuel.


La compétitivité, c’est l’emploi ! par Matignon

 

Il vous manque un truc ou deux. Pas grand chose, croyez-moi. Mais franchement, ça vaut la peine de me lire.

Où sont vos tripes, Jean-Marc ? Votre enthousiasme, vos convictions, votre implication ?

Je vous écoute et vous regarde encore et encore. Vous semblez tellement détaché de votre message.

Vous qui avez été enseignant, vous savez que l’on ne convainc pas du bout des lèvres, que l’on n’instruit pas sans mise en relief, que l’on ne séduit pas sans hypotypose !

Un public adulte n’est guère différent d’une classe d’adolescents ; nous perdons facilement l’écoute, nous sommes distraits par le décorum, nous focalisons sur une cravate au lieu de vous écouter.

Votre présence doit nous rappeler à l’ordre, doit nous fasciner, nous devons boire vos paroles, c’est bien ce que vous souhaitez, non ? Pourquoi nous laisser croire, à travers ces trois minutes, que la compétitivité des entreprises n’est qu’un souci mineur ?

Vous pourriez vous y prendre avec plus de brio. L’enjeu est de taille. Ne nous montrez pas trop que vous n’aimez pas l’exercice.

Jean-marc Ayrault
Détendez-vous, bon sang!

 

Suivez à la lettre mes recommandations :

 1. Travaillez toujours avec une équipe avec laquelle vous vous entendez bien. La relation avec l’équipe de tournage est primordiale. Elle conditionne votre attitude, quoique vous pensiez. Votre posture, votre gestuelle seront plus ouvertes si vos relations sont bonnes.  Espérons que vous détacherez enfin vos bras de votre corps.

2. Reprenez mon bouquin, vous l’avez lu trop vite. Les exercices du chapitre deux sont essentiels. Pour un résultat bluffant et rapide, pratiquez « l’orgueil » :

 

Objectif : Prendre contact avec son image, s’habituer aux mouvements amples,  se valoriser, se désinhiber.

 

L'orgueil, par Nathalie Sacré
L’orgueil, par Nathalie Sacré

« Mettez le chrono. Cet exercice va durer trois minutes, pas une seconde de plus ni de moins.

Asseyez-vous face au miroir, tête haute, et présentez-vous, parlez de vous de façon très positive. Qui êtes-vous, quelles sont vos passions, quels sont vos signes particuliers, que faites-vous dans la vie… Vantez-vous, dorez votre blason à l’excès. Vous n’êtes plus un professeur, vous êtes un éminent maître, gardien du savoir et spécialisé en méthodes d’apprentissage avant-gardistes. Vous n’êtes plus le boulanger du village, mais le père nourricier d’une communauté entière qui fournit par son labeur le suc de la vie et garantit la bonne santé de ses concitoyens. Les politiciens sont des super-héros qui sauvent le monde de la nonchalance, les fleuristes ont pour mission d’emplir de joie les cimetières et leurs habitants, les avocats défendent veufs, veuves, orphelins et châtelains au péril de leur vie ! Vous ne faites plus de quatre-quarts le mercredi après-midi, vous créez une alchimie entre divers éléments délicieusement comestibles pour en échafauder une construction complexe et ravissante qui éblouira toute la famille. Toutes vos tâches anodines deviennent des exploits, vous êtes le meilleur quoique vous fassiez, vos doigts transforment en or ce que vous effleurez.

A force d’exagération, sentez votre corps se mouvoir sur votre chaise, non pas de malaise, mais de plaisir. Et l’excitation grandissant, levez-vous et laissez vos bras s’extasier de la même manière, élevez-les. Désormais vous ne vous demandez plus : « mais qu’est ce que je fais avec mes mains ? », vous saurez qu’elles sont tournées vers le ciel.

Aucune mimique d’autocensure n’est tolérée. Vous échouez ? Recommencez. Fuyez la modestie comme la peste, niez l’humilité. Soyez excessif et prétentieux.

A défaut d’être réel, ce moment de gratification passé avec vous-même devrait vous faire rire, vous détendre et vous mettre dans de bonnes conditions pour la suite.

Attention toutefois à ne pas tenir ces propos avec des personnes non concernées par votre entraînement,  vous passeriez pour un arrogant irrécupérable.

Cet exercice est difficile. On se sent parfaitement ridicule (avant d’éprouver un plaisir intense) et il est contre notre éducation de nous vanter. Nous sommes, pour la plupart, habitués à la réserve, à la retenue.

Et je vous demande de faire exactement le contraire… en privé !

Persévérez néanmoins. Entrez dans la peau de ce personnage fier le plus souvent possible. Et quand vous vous retrouverez enfin debout sur votre chaise, les bras tendus, le sourire aux lèvres, l’énergie au ventre, vous aurez  atteint votre objectif. »

 

Inutile de vous rappeler que c’est un exercice. Je ne vous demande pas d’être imbuvable en famille ou devant vos pairs. C’est juste une façon agréable de pratiquer ses « gammes d’orateur ».

Cessez donc de ricaner, Jean-Marc, et croyez-moi sur parole. Je ne vous donne pas deux jours avant de voir vos progrès si vous vous enorgueillez devant votre miroir. Cap?

3. Avant vos prochaines vidéos, lâchez tout ! Faites-en un jeu. Votre présentation sera de bien meilleure qualité si vous ne vous prenez pas la tête. Les sujets sérieux doivent être traités avec souplesse, agilité et délectation.

Je vous souhaite beaucoup de plaisir.

Geneviève

 

Vous trouverez l’analyse synergologique de la vidéo, réalisée par Xavier Ristat, sur son blog.

Confidentiel : Coaching Royal

 

Avez-vous remarqué ? Depuis quelque temps, on peut lire ça et là, des articles évoquant la forme d’un discours plutôt que le fond. Ces articles, lorsqu’ils paraissent dans la presse en ligne, sont souvent suivis de commentaires peu agréables, voire agressifs, dénonçant l’inutilité du propos.

« Le contenu d’un discours n’est-il pas bien plus important que la façon dont il est prononcé ? »

« On se fiche de l’emballage, occupons-nous des mots ! »

« Le geste est superficiel, la voix accessoire, l’analyse des mimiques inutile. » ajoutent les grogneurs.

Bref, l’analyse du non verbal en prend pour son grade. Il ne faut pourtant pas être très observateur pour constater l’effet que la forme peut avoir sur le fond, l’impression de malaise que peut éprouver le public si l’orateur se tortille ou reste hyper-statique, statufié sur sa chaise. Chacun perçoit, à sa manière, l’importance de l’apparence et le caractère qu’elle revêt.

Roi Albert

Prenons pour exemple les discours royaux de Noël. Entre la dinde et le fromage, les yeux rivés sur votre écran, l’atonie du Roi Albert ne vous a pas échappée. Peut-être, sans vous en rendre compte, avez-vous vu le sapin décoré, le bouquet de fleurs rouges, l’intérieur très sombre, et vous êtes-vous dit :

–       Toujours la même déco

–       Y a pas beaucoup d’intonation

–       Il ne pète pas la forme

 

Curieux comme vous êtes, vous vous êtes empressé d’aller voir si l’herbe était plus verte ailleurs.

Et zappant à la hâte, vous êtes tombé sur le Roi dEspagne, Juan Carlos. Et là, votre subconscient a pensé pour vous :

–       Tiens, il est debout

–       Quel désordre sur son bureau

–       Il ne pète pas la forme

 

Impatient de savoir si un virus léthargique avait frappé la Royauté, vous avez sélectionné une chaîne anglaise et la Reine Elisabeth, impassible devant le sapin vous a donné envie de dire :

–       Tiens, elle est debout

–       Elle est un peu raide

–       Elle ne pète pas la forme

 

Rendons-nous à l’évidence, ce ne sont pas de joyeux drilles, ni des fanfarons, encore moins des boute-en-train.

 

Reine Elisabeth

 

« Mais après tout, on s’en fiche non ? »

En fait, pas tellement. Peut-être ce souvenir de « pète pas la forme » va-t-il s’ancrer dans notre mémoire, imprimant par extension une impression tenace d’immobilisme national plutôt que de stabilité du Royaume.

 

L’énergie, le dynamisme d’un dirigeant est l’image de son pays, de son entreprise.

Certes, nous avons en Espagne un roi assis sur son bureau, qui adopte une posture décontractée. Nous voyons une Reine d’Angleterre qui joue avec les nouvelles technologies et donne la possibilité aux téléspectateurs de l’admirer en 3D (qui a une télé 3D ici ?) et notre roi des Belges est un peu à la traîne avec son éternel décor tristounet.

Mais le plus flagrant, devrais-je dire dérangeant, est ce manque de dynamisme, cette morosité, presque un abattement.

Sire, Your Majesty, Su Majestad, redressez-vous et élevez ainsi fièrement l’humeur de vos ouailles!

Fuyez la morosité, les visages figés, les intérieurs de naphtaline, la voix morne et le sourire insipide.

Jouez de votre corps, faites-en le messager de votre discours, le révélateur de vos convictions ! Ne vous touchez plus les doigts sans cesse, comme si vous ne saviez que faire de vos embarrassantes menottes, écartez vos bras, dévoilez votre enthousiasme !

Promettez-moi de ne plus nous assoupir. Soyez l’interlude lumineux de nos prochains Noëls et l’événement festif des futures fêtes nationales.

Juan Carlos

 

Geneviève

Confidentiel : séance de coaching de Tim Cook

 

Cher Tim,

Bravo pour cette performance ! Encore un pas de plus vers le charisme de Steve. Vous êtes maintenant à 4 sur une échelle de 10. Vos progrès sont étonnants. Mais nous le savons, loin d’être suffisants. 6 points de plus, ce n’est pas une mince affaire, mais cela reste jouable.

 

Donnez-moi 10 minutes et je fais de vous un homme brillant. Partant ?

Go !

Tim, relevez la tête. C’est infernal cette position vers le sol, position dite « de la tortue ». Mais qu’y cherchez-vous donc ? Vos idées ? Ne me dites pas que votre intervention n’est pas préparée ! Le prompteur ? Tsss, Tim, restez discret.

Vous savez que le lien entre l’orateur et le public est capital. Et qu’il va passer par votre regard. Et sans regard, point de relation. Pas de contact, pas d’empathie, pas plus de confiance et donc de crédibilité. Pensez à tous vos profs qui laissaient courir leurs yeux à travers la fenêtre tout en donnant leur leçon. Etiez-vous, du coup, très attentif ?

Vos yeux, justement, que vous avez jolis certainement… quand on les voit. Qu’allez-vous les cacher derrière le haut de la monture de vos lunettes. Tim, vos lunettes tombent et cette satanée barre vient se placer juste devant votre iris. Un petit coup de vis s’impose !

Le regard est le premier lien que vous avez avec votre public. Regardez-le bien dans les yeux et pas juste au-dessus, comme il est parfois recommandé de le faire. On entend de temps en temps qu’il est mieux de regarder votre interlocuteur au milieu du front, à la racine des cheveux, ou tout autre endroit qui est censé mettre l’orateur à l’aise. Non :dans les yeux. Etablissez une vraie relation. Imaginez un instant que vous vous déclarez à l’homme ou à la femme qui vous plait en le ou la regardant entre les deux yeux, afin de diminuer votre stress. Je ne suis pas certaine que le langoureux « tu as de beaux sourcils, tu sais » fasse frémir l’être aimé.

Regardez donc, et soyez vu ! Plus de lunettes mal réglées ou à reflet. Pas non plus de longue mèche sur les yeux et plus de regard vers les chaussures ou le plafond. Assumez votre prise de parole avec un regard franc !

Je vais maintenant m’intéresser à votre corps, Tim. Principalement à vos épaules.

Celles qui portent le poids des semaines de travail, celles qui portent le poids de la présentation au public du dernier succès d’Apple, celles qui semblent si lourdes qu’elles s’en affaissent, laissant voir un dos légèrement bombé. Et de cette colonne molle, les mouvements des bras ne peuvent pas être dynamiques. Il vous manque cette énergie intérieure, celle qui prouve l’enthousiasme et le charisme.

La verticalité est l’honneur de l’orateur. Pas la raideur, la verticalité.  L’ancrage, dit-on souvent. Celui qui donne au public l’impression que vous être investi, convaincu, déterminé.

C’est cet enthousiasme que vous devez partager. Défendre Apple et ses jouets comme si votre vie en dépendait ! Portez la Pomme à bout de bras !

C’est ce feu intérieur qui fera de vous un orateur convaincant, posera votre corps dans un mouvement assumé et gracieux, relèvera votre visage, fera pétiller vos yeux.

Foncez, Tim ! Et dans quelques mois, après votre prochaine présentation en public, nous pourrons entendre, deci-delà, au détour des conversations : « Steve… mais Steve qui ? ».

A bientôt,

 

Geneviève