Et si vous étiez vraiment mauvais à l’oral… sans le savoir ?

 

Laissez-moi vous brosser en quelques coups de crayon 10 portraits-robots de ceux et celles qui risquent de prendre la parole prochainement, que ce soit lors d’une cérémonie privée, d’une conférence ou d’une présentation professionnelle.

Attention, âmes sensibles s’abstenir : vous pourriez vous reconnaitre.

(Et, du coup, ce n’est pas forcément une bonne nouvelle. Mais rassurez-vous, vous allez certainement reconnaitre un ou une collègue !)

 

Illustration : Nathalie Sacré

1.  – Il y a celle qui adore avoir un public pour elle seule et va se lancer dans un discours logorrhéique, respirant à peine, ne laissant aucune possibilité de l’interrompre. Les phrases s’enchaînent les unes aux autres, sans points ni virgules et pour que le tableau soit complet, flanquons la d’un ton monocorde.

2. – Il y a celui qui tente l’humour fin et se perd dans l’humour gras, sans aucun fil conducteur, ricanant de ses propres jeux de mots, complètement inconscient du dépit de son public.

3. – Il y a la stressée que l’angoisse de parler fait bafouiller, qui en tremble de tous ses membres et de son bout depapier… si elle n’a pas eu la bonne idée de le déposer sur la table avant de se lever.

4. – Il y a celui qui parle pour ne rien dire, oubliera l’essentiel, se ravisera une fois assis. Ne le laissez surtout pas recommencer !

5. – Il y a le jargonneur, la chiffreuse, le statistiqueur, la dateuse et le sermonneur, la moralisatrice, le « il faut, il ne fautpas, tout le monde sait, personne n’ignore que… », la diaporamatrice, tournée vers l’écran qu’elle déchiffre, nous offrant le sublime spectacle de son dos.

5. – Il y a celui qui lit. Et qui lit mal. Celui-là est mon préféré. Observez bien l’auditoire de l’oraliste qui lit. Après la déception vient l’ennui. Pas l’ennui que l’on subit dans une salle d’attente quand votre dentiste a une heure deretard, non. L’ennui profond d’être tenu à la politesse sans même oser soupirer bruyamment mêlé au regret d’avoirinsisté à ce point pour que le lecteur prenne la parole.

Et si celle ou celui qui lit est aussi celle ou celui qui n’a pas écrit et n’a pas non plus répété son discours avant saprestation en public, on court à la catastrophe !

Parce que, vous vous en doutez, la personne qui écrit ne lit pas forcément à voix haute. Elle prépare donc un discours destiné à être lu, et non pas dit. Concrètement vous aurez une première phrase qui fait au minimum cinq lignes, des voix passives à gogo, des doubles négations et autres tortures de la langue française. Et notre pauvre oraliste ci-dessus, inconscient·e du sort qui l’attend, va se lancer à corps perdu dans une lecture à laquelle rapidement il ou elle ne comprendra plus rien. Confondant les points et les virgules, s’arrêtant en plein milieu d’une phrase, lisant deux fois la même ligne, il ou elle finira souvent, le doigt sur la feuille, suivant les mots un à un pour ne pas en sauter.

Ajoutez ici un terme en langue étrangère imprévu, là un nom de famille compliqué, là encore un chiffre qui fait plusde quatre zéros et patatras ! Le joli discours ne sera plus qu’une infâme bouillie indigeste.

6. – Il y a celle qui pense que pour être crédible il faut être scolaire. Dans le genre de tous nos mauvais souvenirsd’école. Petit a, petit b, petit c, petit z, et zou, un historique, et zou, des schémas brouillons, et zou, des données sans intérêt parce qu’il est indispensable que le public sachent ça, et zou cela n’en finit pas parce qu’il faut faire le tour de la question que personne n’a comprise. Agrémentons-la d’une voix sèche, d’un froncement de sourcils permanent et d’épaules relevées et tendues !

7. – Il y a celui qui se tortille, qui se gratte les chevilles avec sa chaussure, s’appuie sur le pupitre, se démange le menton, se frotte le front, se râpe le nez, se racle la gorge, avale sa salive, replace une mèche, reste sur une jambe, l’autre en apesanteur, ou se balance d’un pied sur l’autre, et j’aurai encore beaucoup à dire par la suite, surtout ce qu’il est imaginable de faire avec ses mains pour montrer très expressément combien on est mal à l’aise.

8. – Il y a celle qui perd complètement ses moyens. Elle transpire, elle rougit, tremble et bafouille. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, c’est le moins catastrophique : nous sentons alors un élan de sympathie traverser l’assemblée. Sauf que c’est celle-là même qui, pour se donner une contenance et se rassurer, va se retrancherderrière un Powerpoint touffu et investir en deux minutes le profil redouté du « scolaire ».

9. – Il y a celui qui nous angoisse, affichant son malaise comme un étendard, celui pour lequel on sent notre ventre se nouer dès qu’il se lève, celui qui – on le sait – va tout rater. Il déteste parler en public et nous le fait sentir, nous laisse prévoir une chute douloureuse, et nous emmène sans vergogne partager son trac. Même de loin on peut percevoir les battements rapides de son cœur à travers sa chemise ! Et quand il finit par dire, au bout d’interminables secondes : heuuuu non, j’arrête, je n’y arrive pas, en se rasseyant maladroitement sur le bord de sa chaise, nous nous effondrons de pitié et de soulagement : ouf, ce n’est pas à nous que c’est arrivé. Cette fois.

10. – Il y a aussi celle qui n’a pas vérifié si tout fonctionnait. Le micro, le projecteur, le pointeur, au minimum.L’éclairage, le chauffage, la disposition de la salle…

Nous avons tous et toutes en mémoire une présentation rendue pénible par l’inconfort des chaises, le courant d’air froid, et plus couramment par le micro qui ne fonctionne pas. Surtout si l’oraliste parle à côté, ou mieux, tousse alors qu’il ou elle l’a juste en face de la bouche. Les ennuis techniques peuvent être un vrai supplice, aussi bien pour le public qui subit et/ou attend que le problème se règle, que pour celle ou celui, sur la scène qui nous montre en se mordant les lèvres que, zut, il aurait fallut y penser avant, mais pourquoi ça ne fonctionne pas bon sang ? La concentration déjà fragile du public va se volatiliser à travers un changement d’ampoule ou un crissement très strident de micro mal réglé.

Si vous désirez la suite de l’histoire (qui se termine bien, contrairement à ce que l’on pourrait croire), c’est dans ce livre.

Bonne lecture et joyeuses prises de parole !

 

Geneviève

 

 

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