Pourquoi les salauds s’expriment-ils aussi bien ?

Y a pas à dire : la tirade du beau-frère contre les migrants était brillante. Elle donnait la nausée, mais on peut dire qu’il a tenu toute la tablée en haleine. Il a même réussi à faire rire quand il a renvoyé ma sœur, qui avait osé un commentaire, directement à la cuisine.
Du coup, tout le monde se regarde en souriant et il est difficile de dire autre chose que « Ben oui, il a raison ».
Et pourtant, il n’a sorti qu’un ramassis de mensonges. Mais quand c’est bien agencé, avec une belle élocution, et une posture adéquate, le mensonge porte énormément. Il a plus que la force de la vérité.

Les salauds… Faut-il les citer ? Pas besoin. Vous voyez de qui je veux parler. On les voit gronder aux infos, asséner en politique, roucouler sur les plateaux télé, amadouer sur YouTube, vociférer sur des estrades, et parfois même se vautrer sur nos canapés.
Le Nabot et le Teigneux
Le Nabot et le Teigneux

Mais qu’est-ce qu’un salaud ?

C’est, en fait, assez simple : le salaud est celui ou celle qui favorise les discriminations, qui méprise, met du sel sur les plaies des plus démunis et donne beaucoup de son temps et de son énergie pour que le monde tourne mal, tout cela à son avantage (le plus souvent à court terme). C’est le méchant de nos BD d’enfance. On les retrouve dans tous les dessins animés, c’est le Nabot et le Teigneux, dans la série « Il était une fois ». Mais en bien réel. Ce personnage dont on pensait qu’il n’existerait jamais quand on était gamins.
Eh bien si.
Alors, comment s’y prend le salaud pour faire des adeptes, voire conquérir des foules ?
Il met le doigt sur le tout petit salaud bien terré au fond de nous et, avec ses belles paroles, il l’émulsionne.
Parce qu’être quelqu’un de bien, ouvert aux autres, se battre ouvertement contre les discriminations, même quand on n’est pas visé par celles-ci, ce n’est pas forcément facile. La bisounourserie, ou l’éthique, c’est un travail quotidien. Mais pour peu que nous soyons fragiles ou entourés de Nabots ou Teigneux, si une personnalité malveillante nous incite à trouver dans l’autre, (l’ennemi désigné) la raison de notre mal-être, nous pouvons plonger facilement dans la salauderie. Et d’autant plus facilement que le discours sera imagé et volontairement incitatif. Mais comment le salaud s’y. prend-il ?

Méthode de communication du salaud

  • Le salaud utilise des images faciles et parlantes qui touchent à l’instinct de préservation de ses interlocuteurs. Il n’hésite pas à inventer des chiffres, à créer des preuves de A à Z, à prendre en exemple un ami de la famille qui… ou une belle-sœur qui…
  • Le salaud n’a pas besoin de trop réfléchir, son travail c’est de casser les arguments des autres, quels qu’il soient. De préférence en se moquant de vous, si vous n’êtes pas d’accord avec lui.
  • Le salaud a une posture bien travaillée : soit il nous vend sa salade, les yeux dans les yeux, bien ancré dans sa posture autoritaire, soit au contraire, il est affalé sur la chaise de jardin, le regard sur sa paille en plastique et il ponctue ses phrases de petits rires.
  • Le salaud aime les généralités, les on-dit, il amplifie les ragots, fait circuler des rumeurs.
  • Le salaud est autoritaire. C’est plus facile pour faire taire ceux et celles qui se rebiffent.
  • Le salaud adore dénigre et humilier, et il le fait aussi avec vous. Ça casse bien votre assurance et… miracle : ça vous fait taire !
  • Le salaud ne met jamais en doute ses propos et ne se remet pas en question, même devant les preuves évidentes de ses erreurs.
  • Le salaud ne s’excuse pas… évidemment !
  • Le salaud ne bafouille pas. Puisqu’il n’a pas besoin de réfléchir pour avoir un discours bien construit. C’est simple de ne pas bafouiller quand on dit à peu près n’importe quoi.
  • Le salaud prend les autres pour des cons. Même vous, oui.
  • Le salaud crée des cases : moi, nous, eux. Dans cet ordre.
  • La posture et la rhétorique du salaud, s’associent pour susciter de l’admiration, du rire, ou de la pitié…de lui. Parce que bien sûr : la victime, c’est lui.

Vous voulez voir comme c’est simple ? Facile ! Jouez au salaud pendant quelques minutes.

Objectif : Désacraliser la parole du salaud pour 
pouvoir le moucher avec ses propres arguments.

Matériel : Une grosse caisse de mauvaise foi… c’est tout.

Durée : 5 minutes max. 
Au-delà, on attrape des crampes.

Risque : Aucun. 
Mais précisez bien que c’est « un jeu » au cas où 
quelqu'un entre dans la pièce tout d’un coup.

Avantages : Remettre tous les salauds à leur place 
en peu de temps et ne plus se laisser embobiner 
par les beaux-parleurs malsains.

Méthode : Vous savez, quand on se dispute, 
dans un couple, il nous arrive d’imiter l’autre
avec une voix ridicule. 
C’est un peu le même principe.


Choisissez un sujet brûlant et écoeurant

  • “Les assistés nous coûtent un pognon de dingue.”
  • “On ne peut plus rien dire sans se faire traiter de raciste.”
  • “Virilité et pouvoir sont intimement liés.”
  • “Les recruteurs ont le droit de ne pas employer de Noirs ou d’Arabes.”
  • “Un adulte sur une trottinette, c’est un retour en arrière, une déchéance, c’est ridicule !”
  • “Les femmes ne savent jamais vraiment ce qu’elles veulent. Et après, elles se plaignent.”
  • “Le football féminin ? Ce n’est pas comme ça que j’ai envie de voir les femmes !”
  • “Dans le fond, toutes les femmes ont envie d’être violées.”
  • “Cette pseudo-sauveuse de climat avec sa tête de cyborg, ferait mieux de retourner à l’école !”
  • “Maintenant quand on est un homme blanc, hétérosexuel, on est considéré comme coupable de tout alors que c’est nous, les vraies victimes !”
  • “Quand une petite fille de cinq ans et demi commence à vous déshabiller, c’est fantastique.”
Ce ne sont pas les sujets qui manquent, il suffit d’ouvrir la télé ou de se balader sur les réseaux sociaux.
Action : Choisissez des adversaires de jeux.
Des gens sains, qui aiment argumenter, qui sont au fait de l’actualité…
Et lancez-vous.
Défendez votre idée comme un bélier, en fonçant, sans jamais vous justifier. Tout est bon : la mauvaise foi, les histoires inventées de toute pièce, les répétitions à n’en plus finir comme un disque rayé, l’ironie, le sarcasme, la décrédibilisation, les métaphores approximatives, l’argument d’autorité, les associations douteuses, tout !
Et voyez à quelle vitesse il est possible de laminer vos adversaires avec des arguments bidons qui défendent le sujet écoeurant que vous avez choisi.
Terminez et rigolez un bon coup.

Vous avez vu ? C’est facile d’être un salaud, il n’y a pas besoin d’être très intelligent. Leur charisme de pacotille vient de fondre entre vos doigts.

La prochaine fois que vous en croiserez un*, ne le laissez plus déverser ses horreurs, et au lieu de patiner et vous épuiser à argumenter avec des faits, qui, de toute façon, ne le feront jamais changer d’opinion, utilisez les mêmes méthodes que lui pour le décrédibiliser : la mauvaise foi, les arguments mensongers et l’ironie. Mais à votre avantage, cette fois. Vous gagnerez un temps fou, et vous pourrez profiter de votre soirée sans vous prendre la tête avec des commentaires qui vous donnent la nausée..
* Un bémol pour les apprentis salauds, les hésitants, les entre-deux, les testeurs : il n’est pas trop tard pour les désalaudiser. Les arguments rationnels (et l’énergie) restent de mise. Mais si vous pataugez, montez d’un cran et passez à l’ironie.
Geneviève

Et pour vous entrainer : 

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