Pourquoi les salauds s’expriment-ils aussi bien ?

Y a pas à dire : la tirade du beau-frère contre les migrants était brillante. Elle donnait la nausée, mais on peut dire qu’il a tenu toute la tablée en haleine. Il a même réussi à faire rire quand il a renvoyé ma sœur, qui avait osé un commentaire, directement à la cuisine.
Du coup, tout le monde se regarde en souriant et il est difficile de dire autre chose que « Ben oui, il a raison ».
Et pourtant, il n’a sorti qu’un ramassis de mensonges. Mais quand c’est bien agencé, avec une belle élocution, et une posture adéquate, le mensonge porte énormément. Il a plus que la force de la vérité.

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Comment communiquer avec ceux et celles qui veulent se déconfiner un peu trop rapidement.

Et se ruer dans les commerces comme la vérole sur le bas clergé…

C’est pas gagné. Voici la bataille que nous allons devoir mener dès aujourd’hui. Bien sûr, nous pestons et levons les yeux au ciel quand nous regardons le monde se ruer dans les magasins comme un premier jour de soldes après une période de famine. Ou pire : festoyer à force embrassades et léchouilles dans les jardins de l’un ou de l’autre, s’époumonant jusqu’à l’aube en se noyant le gosier…

 

Nous pestons, mais nous n’allons rien dire.

D’abord, parce qu’on n’est pas des balances et que chacun vit sa vie, même si on sait que cette insouciance-inconscience risque de rejaillir sur la santé collective. Mais on se tait. On est des gens bien. Discrets.

En revanche, quand il s’agit de nos proches (et d’autant plus de nos mioches, notre conjoint qui pète une durite ou nos parents incontrôlables) qui trouvent urgeeeentissime de se faire un shopping de printemps, d’aller voir Lola-Eliot-Clara-Lucie-Jacqueline-Jean-Pierre-Maurice « qui m’ont teeeellement manqué », d’acheter en une journée tout ce qu’on a fini par trouver inutile en deux mois, là, on l’a mauvaise.

Tels des diablotins dans leur boite, rongeant leur ressort avec des yeux voraces, ils attendent leur revanche. Si vous les regardez bien, depuis deux jours déjà, la veine qui traverse leur front bat la chamade. Comme après des années d’incarcération injustifiée ou pire, comme juste à la fin des études secondaires, (souvenez-vous !) nos diablotins n’ont qu’une idée dans tout leur corps : rattraper le temps perdu, puissance 100 !

Comment empêcher le désastre ? Et le retour à la case confinement , parce que, on le sait, si la première fois est toujours la meilleure, la deuxième sent le rance…

 

Expliquer, raisonner : Sérieusement, pour la santé mentale de toute le monde, il vaut mieux que vous preniez un verre de vin dans un coin retiré de votre habitation. Raisonner et expliquer, on a déjà essayé, non seulement ça ne fonctionne pas mais ça produit souvent l’effet inverse. Du raisonnement, ça fait deux mois qu’ils en bouffent.

Interdire : au-delà de 10 ans, (voire avant) et jusqu’aux 85 (voire après) aucune chance. Et les attacher avec des élastiques de masques est laborieux, j’ai essayé.

Leur couper (mal) les cheveux : ça fonctionne ! Jusqu’à ce que l’un ou l’autre trouve ça cool, de sortir avec des petits trous sur le crâne.

Responsabiliser : Si ça ressemble à une leçon de morale, c’est mort. Sauf si… vous passez à l’étape suivante…

S’irresponsabiliser soi-même, changer de posture et râler plus qu’eux et elles : Ça fonctionne à fond ! Rien de neuf, il est bien plus facile et motivant de se sentir responsable lorsque l’on fait face à un quelqu’un qui ne l’est pas du tout.

—Méthode pratique—

Alors là, Il faut jouer le jeu à fond. Tournez (littéralement) en rond, maugréez. Faites la liste, de façon quasi psychotique, des achats inutiles et « urgents » qui vont vous prendre des heures dans les magasins. Et puis continuez avec la liste des personnes que vous n’aimez pas trop mais que vous voulez quand même embrasser, parce que c’est votre droit, crotte ! Enchainez avec les noms des commerces dans lesquels vous devez aller impérativement demain pour acheter le lit dont vous n’avez aucun usage mais on ne sait jamais ou le micro-ondes qui ressemble trait pour trait au vôtre. (Choisissez des grandes enseignes évidemment, pas des petits commerces qui ont bien besoin de vous). Échafaudez un plan machiavélique pour prendre l’avion en cachette et laissez vos notes trainer sur la table. Pestez sur le virus, les masques, les dirigeants, le vaccin qui ne vient pas assez vite, ce gel hydromachin qui vous bousille les mains, avec une voix forte et aigüe. Injectez vos yeux de sang et laissez couler un filet de bave au coin de vos lèvres. Perdez-en vos mots…

Jouez le jeu de l’immaturité en geignant pendant de longues minutes. Vous verrez, c’est jubilatoire, mais il faut s’entrainer un peu ! Et continuez jusqu’à ce que ce soit eux qui vous lâchent, les yeux écarquillés : Sérieusement ? Non mais, t’abuses ! Et retournent s’asseoir en prenant un bouquin. (On peut rêver)

 

Geneviève

 

 

Comment communiquer avec les lâches, les dégonflés, les poltrons ?

Poule mouillée

Ou comment communiquer avec ceux et celles qui préfèrent mourir plutôt que de s’engager… en vous regardant droit dans les yeux ?

Le lâche, c’est :

  • – Christophe, qui préfère vous quitter par mail. Mail qu’il écrit alors que vous êtes endormie dans son lit.
  • – Juliette, qui sous pseudo se lâche violemment dans les commentaires des articles de presse.
  • – Alex, qui s’est soudain tu lorsque sa compagne s’est dressée contre sa sœur, alors qu’ils en avaient longtemps discuté.
  • – François, qui glisse dans une boite une lettre non signée pour dénoncer un « ami ».
  • – Marie, qui garde une décision capitale sous silence alors qu’elle concerne son collègue.
  • – …

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Clouer le bec, c’est aussi pour passer une bonne journée.

 Riposter, rétorquer, répondre du tac au tac, pour le plaisir, bien sûr. Et pour ne pas passer pour une loque en plus. Mais également pour conserver ses relations et son estime de soi. Rien que pour ça, ça vaut le coup !
Un exemple ?

1La journée avait bien commencé. Je me suis levée à mon rythme, sans réveil. On entendait les oiseaux chanter. Les enfants étaient de bonne humeur, on a partagé un petit déjeuner sympa.

J’ai pris la voiture pour aller au boulot. Il n’y avait pas de trafic sur la route. Je me suis arrêtée pour laisser passer un vieux monsieur. Il m’a souri. Au bureau, Clara m’a fait des compliments sur ma nouvelle robe rouge. Et puis elle m’a raconté ses projets de voyage. On a bien travaillé, j’étais contente de moi. Ma boss est venue nous féliciter, ça m’a donné envie d’en faire plus encore.

Le midi, on est allées manger ensemble, toutes les trois, dans un resto, pas loin. Une petite salade et puis on s’est remises au boulot.

Le soir, les enfants ont fait leurs devoirs sans rechigner. On a préparé un plat de pâtes ensemble. Michel s’est concentré sur la bolognaise et il s’est blessé à la main en coupant les carottes. Sur le moment, ça nous a bien fait rire mais on est quand même partis aux urgences. Il a eu quelques points de suture et puis on est rentrés et on a bu un verre de vin avant d’aller se coucher.

Carrots

2La journée avait mal commencé. Je me suis levée avec des crispations dans le cou. Michel m’a reproché de ne pas encore avoir acheté un nouveau matelas. Il avait ronflé toute la nuit, je me suis fait un plaisir de lui faire remarquer. D’ailleurs j’avais enregistré ses ronflements sur mon smartphone.

Les enfants étaient en retard. Michel m’a dit que je manquais d’autorité.

En voiture, le trafic était dense. Au moment où je redémarrais après le feu, un vieux monsieur a traversé la route, juste devant moi. Il m’a lancé un regard noir et a hurlé un truc sur les femmes au volant.

Je suis arrivée énervée au boulot et je suis allée me remaquiller dans les toilettes, ça m’a donné un coup de punch.

Clara m’a dit que j’avais l’air fatigué, et elle a tordu sa bouche. Puis elle m’a scrutée de haut en bas. Quoi ? Elle ne me va pas, ma robe ? Ma boss est arrivée, a levé les yeux au ciel quand je lui ai remis le rapport sur lequel j’avais passé mon week-end et a tourné les talons sans dire merci.

Du coup, le midi, je suis allée manger seule. Une salade, parce que j’ai bien compris que Clara trouvait que j’étais boudinée dans ma robe.

Le soir, les enfants ont eu du mal à faire leurs devoirs, ils étaient turbulents et Michel m’a dit que je manquais d’autorité. Ça l’énervait alors il s’est coupé le doigt en coupant les carottes pour préparer la bolognaise. Aux urgences, le médecin a dit qu’il venait vraiment pour rien et qu’il n’avait pas que ça à faire. Michel qui déteste être humilié a fait la tête pendant tout le trajet, et m’a dit que si j’avais plus d’autorité, les enfants auraient fait leurs devoirs seuls et qu’il n’aurait pas dû s’occuper du repas et que tout ça ne serait jamais arrivé.

Il est allé se coucher. J’ai bu un verre de vin sur le canapé où j’ai finalement passé la nuit.

Carrots

3La journée avait mal commencé. Je me suis levée avec des crispations dans le cou. Michel m’a reproché de ne pas encore avoir changé le matelas. Je lui ai dit qu’il avait raison et que j’aimerais avoir son conseil pour l’acheter, il est plus doué que moi pour ça. (compliment)

Les enfants étaient en retard. Michel m’a dit que je manquais d’autorité. J’ai répondu qu’il allait manquer son train. (pirouette)

En voiture, le trafic était dense. Juste au moment où on redémarrait après un feu, un vieux monsieur a traversé la route, juste devant moi. Il m’a lancé un regard noir et a hurlé un truc sur les femmes au volant. Je lui ai répondu qu’il ferait bien de se mettre hors de ma route s’il ne voulait pas se faire enterrer cette semaine. (autodérision)

En arrivant au boulot, je suis allée me remaquiller dans les toilettes, ça m’a donné un coup de punch.

Clara m’a dit que j’avais l’air fatigué, et elle a tordu sa bouche. Je lui ai dit que j’avais passé une nuit d’enfer, que ça lui ferait du bien de temps en temps. (insolence) Puis elle m’a scrutée de haut en bas. Quoi ? Elle ne me va pas, ma robe ? J’ai tourné sur moi-même et j’ai dit : je suis trop canon avec ma nouvelle robe. (autodérision) Ma boss est arrivée, a levé les yeux au ciel quand je lui ai remis le rapport sur lequel j’avais passé mon week-end et a tourné les talons sans dire merci. Je ne l’ai pas pris personnellement, je me suis dit qu’il était temps qu’elle change de matelas.

Le midi, je suis allée manger une salade avec Clara parce qu’elle pense qu’elle doit faire attention à sa ligne pour avoir des nuits d’enfer aussi.

Le soir, les enfants ont eu du mal à faire leurs devoirs, ils étaient turbulents et Michel m’a dit que je manquais d’autorité. Je lui ai dit qu’il avait probablement raison et que c’est pour ça que j’étais tellement câline avec lui et puis je l’ai embrassé. (vérité) Il a ri et il s’est coupé le doigt en coupant une carotte. Il en met dans la Bolognaise. Aux urgences, le médecin a dit qu’il venait vraiment pour rien et qu’il n’avait pas que ça à faire. Michel hésité à rétorquer : « Désolé, j’ai bêtement cru que vous étiez médecin », (insolence) ou « Je suis une véritable chochotte, une goutte de sang et je m’évanouis », (autodérision) ou encore « Vous êtes tellement doué que ça va aller très vite » .(compliment)

On est rentrés à la maison, on a bu un verre de vin, et on a passé une nuit d’enfer, pour que Clara puisse me dire demain que j’ai l’air tellement fatigué.

 

Geneviève

 

Vous avez d’autres idées de ripostes ? Laissez donc un commentaire.

Répondre du tac au tac, exercer son esprit de répartie, c’est possible avec le jeu Takattak ou Takattak Family, spécialement conçu pour les enfants.

(Et là aussi : www.takattak.com  ou là : www.si-trouille.com et dans la foulée,

jetez un oeil ici : www.facebook.com/jeutakattak)

Bonjour, je m’appelle Monsieur Lenoir…

« Monsieur » Lenoir. Ca commence bien. Partout, dans le monde professionnel, on se présente en commençant par son prénom, mais le prof, non. Le prof est « Monsieur » ou  « Madame » quelque chose. Le prof n’a pas de prénom.

Depardieu Prof

Maintenant qu’il a  posé son statut, il prend un air de circonstance : il actionne sa ride du lion. Marque d’extrême concentration, mais aussi d’émotion négative permanente, jusqu’à être gravée dans le front, le sillon creusé entre les deux yeux est un signe de mise à distance.

Quand Parent est entré dans la classe pour l’entretien trimestriel avec Prof, il avait 35 ans. Après quelques secondes d’échange, Parent a 12 ans et sait qu’il va en prendre plein la figure. Il adopte rapidement une position de repli.

D’ailleurs, Prof a pris grand soin de faire asseoir Parent sur le banc d’écolier, tandis qu’il reste scotché derrière son bureau, sur l’estrade.

Et le banc d’écolier est bien peu adapté à la morphologie de Parent : il n’y tient que sur une fesse et ses genoux cognent le dessous de la table sous laquelle trainent sans doute quelques chewing-gum crasseux.

Noces blanches

C’est donc dans cette position extrêmement inconfortable que Parent encaisse une cascade de soupirs, reproches et de « vous devez comprendre »…

Vous devez comprendre…

– Que Rejeton doit avoir fait ses devoirs quand il arrive en classe (sous-entendu : tu peux vérifier ça tous les soirs après ta journée de travail ?)

– Qu’il doit avoir tout son matériel (Même si le cartable pèse déjà 7 kilos, on ajoutera bien un bouquin)

– Qu’il DOIT être motivé.

Parent est à cran. Il a déjà subi l’ire des profs il y a 20 ans, il pensait en être débarrassé. Et ça recommence…

« Il DOIT être motivé ! »

Euh… Ce n’est pas son boulot de motiver son gamin ? Ca ne fait pas partie de ses techniques d’appât ?  Parent doit-il dire à son rejeton,  tous les matins, alors qu’il a le dos tordu par son cartable de 7 kilos : « Aujourd’hui, sois motivé, rejeton ! »

Bruel Profs

Parent se mord les lèvres. La ride du lion de Prof, s’intensifie. Les sourcils se rapprochent et nous allons droit à la catastrophe.

Prof se braque, il pense que Parent est bien le même que sa progéniture, d’ailleurs, ça ne l’étonne pas.

En général, Prof n’aime pas les réunions de parents. Son truc, c’est les gamins, pas les parents qui lui demandent des comptes.

Et Parent croit toujours qu’il est unique au monde. Prof en a 25 comme lui, au bas mot, qui attendent derrière la porte,  pour « discuter ».

Prof déteste le parent :

– Qui croit que son enfant est tellement doué (ce glandeur)

– Qui dit qu’il va punir son fils extrêmement sévèrement (le petit a déjà bien du mal à s’en sortir)

– Qui explique à Prof comment faire son métier (de quoi je me mêle ?)

– Qui pense que LUI il bosse alors que Prof n’en fiche pas une (Tu veux venir donner cours à ma place pour voir ?)

– Qui se lamente : « si vous saviez comme c’est difficile avec lui » (oui, je sais, j’en ai 25 comme lui, voir plus haut)

Petite chronique d’une communication ratée

C’est mal parti. Et il est probable que ça se termine mal. On se dirige vers un mur d’incompréhension, avec son lot de frustrations, de mésententes, terreau de clichés en tout genre : les profs sont tous des paresseux qui ne travaillent que 6 mois par an, les parents donnent toujours raison à leurs enfants, les profs sont en dehors de la réalité professionnelle, les parents sont en dehors de la réalité scolaire, les profs ne pensent qu’à transmettre un savoir, sans aucune idée de la pédagogie, les parents…

Prof et Parent avaient pourtant le même objectif en se rencontrant : faire le point sur la scolarité de Rejeton et le faire progresser, pour qu’il rejoigne l’an prochain, ses camarades dans la classe supérieure. Ce n’est pourtant pas bien sorcier !

A partir de là, en toute logique, un plan d’action est décidé : qui fait quoi et comment pour motiver Rejeton ? Quelle stratégie mettre en place ? Comment et quand mesurer les résultats ? Comment adapter notre technique en tenant compte des spécificités de Rejeton ?

Mais nous nous heurtons souvent à la bataille d’égo entre « Monsieur » Lenoir, prof inaccessible qui ne donne évidemment pas son numéro de téléphone (faut pas pousser) ou son adresse e-mail (il n’en a pas) … : « écrivez un mot dans le journal de classe » et celle de Parent, amer, pétri de la même certitude depuis 20 ans : tous des cons, ces profs !

Geneviève

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