Clouer le bec, c’est aussi pour passer une bonne journée.

 Riposter, rétorquer, répondre du tac au tac, pour le plaisir, bien sûr. Et pour ne pas passer pour une loque en plus. Mais également pour conserver ses relations et son estime de soi. Rien que pour ça, ça vaut le coup !
Un exemple ?

1La journée avait bien commencé. Je me suis levée à mon rythme, sans réveil. On entendait les oiseaux chanter. Les enfants étaient de bonne humeur, on a partagé un petit déjeuner sympa.

J’ai pris la voiture pour aller au boulot. Il n’y avait pas de trafic sur la route. Je me suis arrêtée pour laisser passer un vieux monsieur. Il m’a souri. Au bureau, Clara m’a fait des compliments sur ma nouvelle robe rouge. Et puis elle m’a raconté ses projets de voyage. On a bien travaillé, j’étais contente de moi. Ma boss est venue nous féliciter, ça m’a donné envie d’en faire plus encore.

Le midi, on est allées manger ensemble, toutes les trois, dans un resto, pas loin. Une petite salade et puis on s’est remises au boulot.

Le soir, les enfants ont fait leurs devoirs sans rechigner. On a préparé un plat de pâtes ensemble. Michel s’est concentré sur la bolognaise et il s’est blessé à la main en coupant les carottes. Sur le moment, ça nous a bien fait rire mais on est quand même partis aux urgences. Il a eu quelques points de suture et puis on est rentrés et on a bu un verre de vin avant d’aller se coucher.

Carrots

2La journée avait mal commencé. Je me suis levée avec des crispations dans le cou. Michel m’a reproché de ne pas encore avoir acheté un nouveau matelas. Il avait ronflé toute la nuit, je me suis fait un plaisir de lui faire remarquer. D’ailleurs j’avais enregistré ses ronflements sur mon smartphone.

Les enfants étaient en retard. Michel m’a dit que je manquais d’autorité.

En voiture, le trafic était dense. Au moment où je redémarrais après le feu, un vieux monsieur a traversé la route, juste devant moi. Il m’a lancé un regard noir et a hurlé un truc sur les femmes au volant.

Je suis arrivée énervée au boulot et je suis allée me remaquiller dans les toilettes, ça m’a donné un coup de punch.

Clara m’a dit que j’avais l’air fatigué, et elle a tordu sa bouche. Puis elle m’a scrutée de haut en bas. Quoi ? Elle ne me va pas, ma robe ? Ma boss est arrivée, a levé les yeux au ciel quand je lui ai remis le rapport sur lequel j’avais passé mon week-end et a tourné les talons sans dire merci.

Du coup, le midi, je suis allée manger seule. Une salade, parce que j’ai bien compris que Clara trouvait que j’étais boudinée dans ma robe.

Le soir, les enfants ont eu du mal à faire leurs devoirs, ils étaient turbulents et Michel m’a dit que je manquais d’autorité. Ça l’énervait alors il s’est coupé le doigt en coupant les carottes pour préparer la bolognaise. Aux urgences, le médecin a dit qu’il venait vraiment pour rien et qu’il n’avait pas que ça à faire. Michel qui déteste être humilié a fait la tête pendant tout le trajet, et m’a dit que si j’avais plus d’autorité, les enfants auraient fait leurs devoirs seuls et qu’il n’aurait pas dû s’occuper du repas et que tout ça ne serait jamais arrivé.

Il est allé se coucher. J’ai bu un verre de vin sur le canapé où j’ai finalement passé la nuit.

Carrots

3La journée avait mal commencé. Je me suis levée avec des crispations dans le cou. Michel m’a reproché de ne pas encore avoir changé le matelas. Je lui ai dit qu’il avait raison et que j’aimerais avoir son conseil pour l’acheter, il est plus doué que moi pour ça. (compliment)

Les enfants étaient en retard. Michel m’a dit que je manquais d’autorité. J’ai répondu qu’il allait manquer son train. (pirouette)

En voiture, le trafic était dense. Juste au moment où on redémarrait après un feu, un vieux monsieur a traversé la route, juste devant moi. Il m’a lancé un regard noir et a hurlé un truc sur les femmes au volant. Je lui ai répondu qu’il ferait bien de se mettre hors de ma route s’il ne voulait pas se faire enterrer cette semaine. (autodérision)

En arrivant au boulot, je suis allée me remaquiller dans les toilettes, ça m’a donné un coup de punch.

Clara m’a dit que j’avais l’air fatigué, et elle a tordu sa bouche. Je lui ai dit que j’avais passé une nuit d’enfer, que ça lui ferait du bien de temps en temps. (insolence) Puis elle m’a scrutée de haut en bas. Quoi ? Elle ne me va pas, ma robe ? J’ai tourné sur moi-même et j’ai dit : je suis trop canon avec ma nouvelle robe. (autodérision) Ma boss est arrivée, a levé les yeux au ciel quand je lui ai remis le rapport sur lequel j’avais passé mon week-end et a tourné les talons sans dire merci. Je ne l’ai pas pris personnellement, je me suis dit qu’il était temps qu’elle change de matelas.

Le midi, je suis allée manger une salade avec Clara parce qu’elle pense qu’elle doit faire attention à sa ligne pour avoir des nuits d’enfer aussi.

Le soir, les enfants ont eu du mal à faire leurs devoirs, ils étaient turbulents et Michel m’a dit que je manquais d’autorité. Je lui ai dit qu’il avait probablement raison et que c’est pour ça que j’étais tellement câline avec lui et puis je l’ai embrassé. (vérité) Il a ri et il s’est coupé le doigt en coupant une carotte. Il en met dans la Bolognaise. Aux urgences, le médecin a dit qu’il venait vraiment pour rien et qu’il n’avait pas que ça à faire. Michel hésité à rétorquer : « Désolé, j’ai bêtement cru que vous étiez médecin », (insolence) ou « Je suis une véritable chochotte, une goutte de sang et je m’évanouis », (autodérision) ou encore « Vous êtes tellement doué que ça va aller très vite » .(compliment)

On est rentrés à la maison, on a bu un verre de vin, et on a passé une nuit d’enfer, pour que Clara puisse me dire demain que j’ai l’air tellement fatigué.

 

Geneviève

 

Vous avez d’autres idées de ripostes ? Laissez donc un commentaire.

Répondre du tac au tac, exercer son esprit de répartie, c’est possible avec le jeu Takattak ou Takattak Family, spécialement conçu pour les enfants.

(Et là aussi : www.takattak.com  ou là : www.si-trouille.com et dans la foulée,

jetez un oeil ici : www.facebook.com/jeutakattak)

Bonjour, je m’appelle Monsieur Lenoir…

« Monsieur » Lenoir. Ca commence bien. Partout, dans le monde professionnel, on se présente en commençant par son prénom, mais le prof, non. Le prof est « Monsieur » ou  « Madame » quelque chose. Le prof n’a pas de prénom.

Depardieu Prof

Maintenant qu’il a  posé son statut, il prend un air de circonstance : il actionne sa ride du lion. Marque d’extrême concentration, mais aussi d’émotion négative permanente, jusqu’à être gravée dans le front, le sillon creusé entre les deux yeux est un signe de mise à distance.

Quand Parent est entré dans la classe pour l’entretien trimestriel avec Prof, il avait 35 ans. Après quelques secondes d’échange, Parent a 12 ans et sait qu’il va en prendre plein la figure. Il adopte rapidement une position de repli.

D’ailleurs, Prof a pris grand soin de faire asseoir Parent sur le banc d’écolier, tandis qu’il reste scotché derrière son bureau, sur l’estrade.

Et le banc d’écolier est bien peu adapté à la morphologie de Parent : il n’y tient que sur une fesse et ses genoux cognent le dessous de la table sous laquelle trainent sans doute quelques chewing-gum crasseux.

Noces blanches

C’est donc dans cette position extrêmement inconfortable que Parent encaisse une cascade de soupirs, reproches et de « vous devez comprendre »…

Vous devez comprendre…

– Que Rejeton doit avoir fait ses devoirs quand il arrive en classe (sous-entendu : tu peux vérifier ça tous les soirs après ta journée de travail ?)

– Qu’il doit avoir tout son matériel (Même si le cartable pèse déjà 7 kilos, on ajoutera bien un bouquin)

– Qu’il DOIT être motivé.

Parent est à cran. Il a déjà subi l’ire des profs il y a 20 ans, il pensait en être débarrassé. Et ça recommence…

« Il DOIT être motivé ! »

Euh… Ce n’est pas son boulot de motiver son gamin ? Ca ne fait pas partie de ses techniques d’appât ?  Parent doit-il dire à son rejeton,  tous les matins, alors qu’il a le dos tordu par son cartable de 7 kilos : « Aujourd’hui, sois motivé, rejeton ! »

Bruel Profs

Parent se mord les lèvres. La ride du lion de Prof, s’intensifie. Les sourcils se rapprochent et nous allons droit à la catastrophe.

Prof se braque, il pense que Parent est bien le même que sa progéniture, d’ailleurs, ça ne l’étonne pas.

En général, Prof n’aime pas les réunions de parents. Son truc, c’est les gamins, pas les parents qui lui demandent des comptes.

Et Parent croit toujours qu’il est unique au monde. Prof en a 25 comme lui, au bas mot, qui attendent derrière la porte,  pour « discuter ».

Prof déteste le parent :

– Qui croit que son enfant est tellement doué (ce glandeur)

– Qui dit qu’il va punir son fils extrêmement sévèrement (le petit a déjà bien du mal à s’en sortir)

– Qui explique à Prof comment faire son métier (de quoi je me mêle ?)

– Qui pense que LUI il bosse alors que Prof n’en fiche pas une (Tu veux venir donner cours à ma place pour voir ?)

– Qui se lamente : « si vous saviez comme c’est difficile avec lui » (oui, je sais, j’en ai 25 comme lui, voir plus haut)

Petite chronique d’une communication ratée

C’est mal parti. Et il est probable que ça se termine mal. On se dirige vers un mur d’incompréhension, avec son lot de frustrations, de mésententes, terreau de clichés en tout genre : les profs sont tous des paresseux qui ne travaillent que 6 mois par an, les parents donnent toujours raison à leurs enfants, les profs sont en dehors de la réalité professionnelle, les parents sont en dehors de la réalité scolaire, les profs ne pensent qu’à transmettre un savoir, sans aucune idée de la pédagogie, les parents…

Prof et Parent avaient pourtant le même objectif en se rencontrant : faire le point sur la scolarité de Rejeton et le faire progresser, pour qu’il rejoigne l’an prochain, ses camarades dans la classe supérieure. Ce n’est pourtant pas bien sorcier !

A partir de là, en toute logique, un plan d’action est décidé : qui fait quoi et comment pour motiver Rejeton ? Quelle stratégie mettre en place ? Comment et quand mesurer les résultats ? Comment adapter notre technique en tenant compte des spécificités de Rejeton ?

Mais nous nous heurtons souvent à la bataille d’égo entre « Monsieur » Lenoir, prof inaccessible qui ne donne évidemment pas son numéro de téléphone (faut pas pousser) ou son adresse e-mail (il n’en a pas) … : « écrivez un mot dans le journal de classe » et celle de Parent, amer, pétri de la même certitude depuis 20 ans : tous des cons, ces profs !

Geneviève

cercle-poetes-disparus-

Comment communiquer avec les lâches, les dégonflés, les poltrons, ceux qui préfèrent mourir plutôt que de s’engager en vous regardant dans les yeux.

Le lâche, c’est :

  • – Christophe qui préfère vous quitter par mail. Mail qu’il écrit alors que vous êtes endormie dans son lit.
  • – Juliette qui sous pseudo se lâche violemment dans les commentaires des articles de presse.
  • – Alex qui s’est soudain tu lorsque sa compagne s’est dressée contre sa sœur, alors qu’ils en avaient longtemps discuté.
  • – François qui glisse dans une boite une lettre non signée pour dénoncer un « ami ».
  • – Marie qui garde une décision capitale sous silence alors qu’elle concerne son collègue.
  • – …

Continuer la lecture de « Comment communiquer avec les lâches, les dégonflés, les poltrons, ceux qui préfèrent mourir plutôt que de s’engager en vous regardant dans les yeux. »

Comment communiquer avec les : « ça a toujours été comme ça », « on ne peut rien y faire », « le règlement c’est le règlement », « il faut bien que je fasse mon métier » ?

On en croise partout, ceux qui se retranchent derrière une fonction, une loi, un règlement intérieur ou même une coutume ou une convention.

Ceux qui ne prennent pas de décision parce qu’elles ont déjà été prises pour eux et qui surtout ne veulent pas la remettre en cause. Même si ça pénalise un interlocuteur, pourrit les relations de voisinage, sanctionne un élève, met à mal un client, condamne une relation.

Le cynique Cheval, dans Le Dîner de Cons.
Le cynique Cheval, dans Le Dîner de Cons.

Les « c’est comme ça, je ne peux pas changer la loi quand même » coincés dans leur rigidité et dans leur manque d’engagement ne se cachent même pas, gênés qu’ils pourraient être de mettre dans l’embarras le quidam qui leur demande un service (Vous n’y pensez pas ! Si ça se sait, si je le fais pour vous, je dois le faire pour tout le monde !).

Ils cultivent leur manque de bon sens, souvent les mâchoires serrées, fiers de leurs principes (un principe, ça ne se discute pas) et de leurs certitudes.

C’est souvent les mêmes qui se camouflent derrière un rôle : l’agent, le curé, le prof, le directeur, le vigile, voire le « rôle » masculin ou féminin.

Dans tous les cas, ils ne sont pas responsables, ce n’est pas eux qui ont choisi, pensez-vous. Mais « mon chef à dit », « l’ordinateur a détecté », « ce n’est pas moi qui fais les lois » revient couramment dans leurs arguments. Et bien sûr, hors de question de faire les choses à moitié : si vous entrez dans cette agora, vous devez tout accepter. Si vous endossez une religion, vous l’appliquez à la lettre. Le savoir-vivre ? C’est tout ou rien. On ne peut pas piocher comme ça comme on veut. Mais qu’est-ce que vous croyez ?

Parce que le « c’est comme ça » va en plus vous culpabiliser. Vous manquez d’intégrité, vous ne pensez pas aux autres, pire : vous voulez des privilèges.

Souvent, après une conversation avec un « c’est comme ça » on ressent un léger malaise.

Au mieux, vous avez identifié le phénomène et pouvez murmurer : quel crétin, vivement que je me sauve.

Fuyez si vous le pouvez.

L'angoissant pion Argus Rusard, dans Harry Potter
L’angoissant pion Argus Rusard, dans Harry Potter

Mais si « C’est comme ça » est planté sur votre route, et que vous ne pouvez l’éviter, voire si vous l’avez chez vous, à demeure, parmi vos meubles, si c’est votre conjoint (et je ne peux que soupirer devant votre manque de discernement lorsque vous l’avez élu), voici quelques petits trucs pour le comprendre et surtout le supporter.

Le « C’est comme ça », qui parsème son discours de « On ne peut pas dire que c’est ma faute » et « tout le monde est logé à la même enseigne » est en fait un trouillard. Un vrai dégonflé. Il s’estime gardien de l’ordre mais il redoute le reproche, l’échec, le commentaire de son supérieur à qui, au grand jamais, il n’oserait s’opposer.

Il a en lui une faille gigantesque. Un comportement dénigrant de ses parents, une rupture douloureuse, ou quoi que ce soit : il se sait imparfait mais voudrait tellement l’oublier.

Le « C’est comme ça » a besoin d’approbation et caché derrière le règlement il ne peut pas se tromper. Il aime être valorisé : il a bien travaillé, bien respecté les règles, c’est un bon petit soldat.

Ce qu’il ne va pas supporter, c’est le sarcasme. Ni de la part de celui qui lui donne les directives, ni de celui à qui il pourrit la vie pour respecter les directives du premier.

Et si par malheur la victime du « c’est comme ça » fait appel à son bon sens, son empathie, il va se rigidifier. Et ce n’est pas avec vous qu’il va se dire : tiens ce serait cool d’analyser un peu mon comportement, de voir si c’est vraiment futé ce que je suis en train d’affirmer, si je ne devrais pas être un peu plus souple…

Non avec vous, il est sûr de lui. Il persiste. Faites appel à sa clémence, il s’obstine, dites-lui qu’il manque de logique et là vous êtes mort !

Votre seule issue : lui donner raison.

« Bien sûr que oui, c’est votre rôle de faire respecter le règlement d’ordre intérieur. Je comprends bien qu’on ne peut pas boire dans le local de formation, même s’il pleut dehors, que les participants sont là depuis 4 heures et se déshydratent. Je comprends bien qu’il y a un risque de faire des taches. Même avec les adultes il faut être prudent, c’est si vite arrivé. »

« Vous avez raison, l’heure c’est l’heure et je suis en retard. C’est entièrement ma faute. »

« Vous avez raison, il y a des débordements qu’il ne faut pas laisser passer, ça mérite une punition. Je suis désolé. »

« Vous avez raison, j’ai manqué de persévérance… »

Normalement, « C’est comme ça » va grogner et en rajouter un petit peu, le menton en avant. Histoire de vous montrer que c’est lui le Cerbère.

Mais il est apaisé. Même s’il reste sur ses gardes.

Imaginez un peu sa tête si vous aviez dit : Mais c’est n’importe quoi votre règlement. Ils ont soif, ils boivent, on n’a pas trois ans ! Et vous n’avez pas vu le trafic ? Vous n’allez pas chicaner pour 5 minutes de retard. C’est bon là, 100 euros d’amendes pour un papier mal rempli ? Vous délirez !

Vous en mourrez d’envie, mais ce n’est pas ce que vous allez faire. Restez-en au poli « vous avez raison ».

Mais si « c’est comme ça » est calmé, rien n’est encore gagné. Si vous n’avez pas remporté sa confiance, vous avez au moins dissipé sa méfiance. Hélas, ça ne vous donne pas le droit de boire.

Alors cessez d’espérer : vous ne l’aurez pas. Vous pouvez toujours tenter de faire votre coup en douce quand il a le dos tourné (maintenant qu’il est moins méfiant) ou, beaucoup mieux, lui dire que vous vous portez garant. « Il n’y aura pas de tache. Et s’il y en a, je remplace la moquette ».

En faisant cela vous lui enlevez la responsabilité. Deuxième soulagement.

Pour que le « c’est comme ça » s’assouplisse finalement, il va vous falloir de la patience, beaucoup de gentillesse, de l’abnégation et peut-être quelques heures de yoga.

Retenez que le « vous avez raison » est salutaire.

Et si d’aventure, dans les jours qui viennent, quelqu’un utilise cette formule avec vous alors que vous percevez qu’il n’est pas du tout d’accord avec ce que vous affirmez, c’est que vous êtes un « C’est comme ça » et que vous avez intérêt à vous remettre en question avant que tout le monde lise cet article.

Geneviève

Fêtes de famille : tous les (sales) coups sont permis.


Le sapin est magnifique, cette année, il est vraiment réussi. La dinde dore à la lumière du four, les verres scintillent en attendant le Champagne, ma petite robe noire me sied à ravir. Pour le réveillon, j’ai accumulé les clichés. Ma décoration de Noël semble sortie d’un magazine de déco traditionnelle.

Sapin Famille

 

Mais soit, je suis ainsi certaine de ne commettre aucun faux-pas. Je m’attends donc à passer une excellente soirée avec Jules, ses parents et les miens, mon frère, sa femme et leurs deux enfants.

J’adorerais adorer les fêtes de famille, toute cette chaleur partagée, ces souvenirs évoqués, ces fous rires complices, cet humour qui fait rire chacun, tant il remet en mémoire des événements communs.

En réalité, ma famille est plutôt pourrie. Ma mère boit trop, mon père fait des blagues de potache, les parents de Jules sont imbuvables de prétention, mon frère est niais, sa femme sarcastique, sa fille ado de type « c’est-nul-quand-est-ce-qu’on-se-barre » et son gamin encense ses crottes de nez.

Et tous ces joyeux convives me trouvent certainement sans-gêne, extravertie, mêle-tout, bref sauvageonne et infréquentable.

Nous célébrons donc Noël dans une parfaite ambiance d’hypocrisie, la soirée sera ponctuée de sourires artificiels, de compliments feints, de gentillesse forcée à grand renfort de vin rouge.

tak-sapin 2

C’est seulement vers 23h que le vernis commence à craqueler, au moment même où l’on a envie de retirer ses chaussures sous la table et de desserrer sa ceinture.

Un flot de paroles retenues pendant toute la soirée explose comme un feu d’artifice aux couleurs de langues fourchues. Je prends en plein visage une vague de critiques camouflée sous une couche de compliments, des reproches enrobés de bienveillance, de ceux auxquels il est difficile de réagir sous peine d’entendre le nauséabond « c’est pour ton bien ! »

S’ensuivent quelques beaux lieux communs sur les femmes, les homos, les étrangers, les pauvres, les vieux, les handicapés et même les footballeurs. C’est la nouveauté 2015.

Passée l’envie de me brosser les dents devant tout le monde pour bien montrer aux invités qu’il est temps de quitter les lieux, je me prépare à une riposte dans les règles, digne des fêtes de famille les plus mouvementées.

Je garde bien en tête que j’ai envie de conserver de bonnes relations, que ce sont des gens auxquels parfois je tiens, mais qu’il est hors de question de me laisser piétiner de la sorte.

Quelques exemples de piques reçues en une seule soirée et d’exemples de ripostes :

 

Belle-Maman

– Le rangement, on ne pourra jamais dire que c’est ton fort.

– Oh vous savez, Belle-Maman, ma maison est à l’image de ma vie sexuelle : un joyeux bordel !

 

– Tu devrais penser à diminuer un peu ton horaire de travail.

– Je pense surtout diminuer le nombre de bouteilles de Champagne pour ce soir, je crois.

 

– J’aimerais t’offrir une petite séance de maquillage chez mon esthéticienne, ça te ferait le plus grand bien.

– C’est gentil, merci, mais je n’ai jamais aimé le cirque.

Papa

– Si tu viens à la maison pour le Nouvel An, n’amène surtout pas cette piquette.

– “Qui dit piquette à Noël, dit piquette au Nouvel An”, proverbe français !

 

– Aujourd’hui, je ne dis rien sur les bonne-femmes, parce que la dernière fois, elle l’a mal pris. C’est fou ce qu’elle est susceptible !

– La “bonne-femme” est susceptible de reprendre un verre de piquette ! Passe la bouteille !

Maman

– Déjà toute petite tu voulais faire autrement que les autres. Quelle idée de servir une salade de fruits au lieu de la bûche !

– C’est pour que tu puisses mieux tenir tes résolutions. Dis-moi merci.

 

– Je ne sais pas comment Jules te supporte !

– Oh tu sais, maman, la plupart du temps, je me mets en dessous.

Belle-Soeur

– On vit dans un pays horrible. Chaque année, je me dis que je vais déménager. Mais cette fois, c’est pire !

– Avec un peu de chance, tu ne seras plus là l’an prochain pour nous le répéter.

 

– Je déteste la dinde, tu as oublié ?

– Moi je t’aime bien pourtant.

 

– Il y a toujours une odeur un peu bizarre chez toi.

– C’est l’odeur de l’amour et de l’harmonie, tu ne connais pas ?

 

Allons bon, je m’en vais noyer mon acidité dans un verre d’eau gazeuse. Nous aimons tous nous détester. Nos abyssales divergences ne nous empêchent pas de partager des cadeaux cachés sous le sapin, de sourire en recevant un livre qu’on ne lira jamais ou un accessoire de massage inutile d’une couleur hideuse. Ces petits cadeaux nuls qu’on s’offre, parce que c’est la convenance, et qui tombent à côté de la plaque puisqu’on ne se connaît vraiment pas bien.

Il m’arrive d’aimer ces quasi-inconnus intolérants et intransigeants. Mais je remercie, du fond du coeur, le Père Noël de ne les voir qu’une fois par an.

Joyeuses fêtes,

Geneviève