Ne laissez pas votre manque de répartie vous gâcher les vacances.

 

C’est le moment du bikini, des apéros prolongés, des soirées entre amis.

Les vacances, occasion idéale de détente, de lancement de vannes, de piques trempées dans l’eau de mer, de reproches larvés, de guerres froides et de commentaires amers bridés pendant toute l’année.

 

Takattak Mer

Parce que les vacances, c’est pouvoir enfin se lâcher et dire tout haut ce que l’on a retenu pendant 11 mois. C’est déguiser en éloge la moquerie qui est restée coincée derrière nos lèvres depuis l’automne, c’est se cacher derrière le troisième verre pour oser critiquer l’attitude pénible de notre conjoint, désastreuse de nos amis, consternante de nos enfants et que dire de nos parents !

Pendant l’été, les langues se délient. Et s’il est plaisant de vanner à tout va, il est plus désagréable de subir les remarques à jet continu de Greg qui se croit drôle de chambrer la petite cousine geignarde, la belle-mère pot-de colle, l’amoureux rougeaud de la plage tout au long de la journée.

Ok, Greg, c’était drôle 5 minutes.

 

Greg

 

 

 

Un exemple de ce que vous risquez de vous prendre cet été ?

 

–       Oh, elle a bien profité du cassoulet pendant l’hiver. Elle a des cuisses en confit d’oie.

–       Le bikini, ça ne va pas a tout le monde, hein… Hein ?

–       Alors chez toi tu peux râler comme tu veux, mais ici on vit en communauté. L’an prochain tu feras comme le reste de l’année, tu resteras seule.

–       Même pour des amourettes de vacances, les garçons sont exigeants, tu sais ?

–       Toi, tu bois un verre et on peut te faire dire n’importe quoi.

–       Je croyais que ton sale caractère était en vacances aussi.

 

Non, Greg ne va pas vous pourrir vos vacances. Au début, les autres ont ricané aussi quand il piquait le voisinage. Maintenant il est simplement lourd.

 

Vous vous réveillez tous les jours de votre sieste au soleil avec un plan d’enfer, diabolique à souhait : lui clouer le bec.

Malheureusement, ce n’est pas à votre portée, pensez-vous.

Vous êtes timide, introverti, vous n’avez aucune imagination, ou pire, vous êtes simplement gentil : vous ne voulez pas blesser et mettre en péril l’ambiance du groupe.

Quel tiraillement !

 

La nuit, quand vous vous prenez pour un super héros et que personne n’est là pour douter de vos pouvoirs, vous lui enfoncez la tête dans la cuvette des toilettes pour une remarque sur la salade pas fraîche. Vous le balancez de la falaise pour une énième pique sur vos abdos absents. Mais lorsque la réalité vous place face au vanneur en série, vos muscles vous lâchent et il ne vous reste que votre souffle pour soupirer d’agacement.

 

Un petit coup de main ?

 

Pirouette, autodérision, insolence, compliment et vérité, voilà vos armes des jours à venir.

Entraînez-vous en visitant le site www.takattak.com

 

Illustration 

 

– Ça ne m’étonne pas que tes collègues te fuient, tu es vraiment barbant.

Flèche jaune – Et encore, tu ne m’as pas vu avant le café du matin. (Autodérision)

 

– Bon on dirait que la cuisine c’est pas ton fort

Flèche bleue– Toi tu es un vrai cordon bleu. Tu pourrais nous montrer tes talents, demain ? (Compliment)

 

– Le maillot de l’an passé, il te boudine un peu maintenant.

Flèche rouge– J’essaie de ressembler à ta femme. Mais c’est pas gagné. Encore quelques kilos. (Insolence et pas très élégant, surtout si la femme en question est une copine)

 

– En fait, tu n’as aucun sens de l’initiative, tu te laisses porter par les autres.

Flèche mauvre– Oui, tu vois, c’est pour ça que je mange léger. (Pirouette)

 

– Ah ça, quand on n’arrive pas à étaler sa crème solaire correctement, on ressemble à un homard.

Flèche verte– Et ça fait un mal de chien, le homard. (Vérité)

 

On continue et on complique ?

 

– T’es même pas fichu de suivre les coordonnées GPS

Flèche jaune– Je suis le cornichon de l’orientation (Autodérision et Alexandrin)

 

 

– Oh ça va, c’est pas parce que t’es vieille que tu peux pas te mettre en maillot !

Flèche rouge– L’âge est au maillot ce que la délicatesse est aux idiots. Eddy Barclay (Fausse citation et Insolence)

 

– Tu peux secouer tes affaires sans m’envoyer du sable partout ?

Flèche mauvre– Quelques grains de sable

Sur ton beau corps allongé

Jeunesse retrouvée

(Haïku et Pirouette)

 

 

– Ah ! Ta tronche quand tu sors de l’eau !

Flèche verte– Méfiez-vous de la tronche qui sort (Autodérision et Faux proverbe)

 

– Tu n’as jamais appris à nager, en fait ?

Flèche bleue– Et je le regrette (Vérité et Rime)

 

Nul besoin d’être cruel pour faire taire un piqueur virulent. Un peu d’humour, beaucoup de maitrise de ses émotions, une grosse respiration, aucune justification, et vos vacances seront sauvées.

 

Souhaitons-le : Greg sera calmé.

 

* Toutes mes excuses à tous les Greg charmants, tolérants, non piquants qui vont se prendre les railleries de leurs ennemis intimes tout l’été à cause de cet article. Puissent-ils répondre par une pirouette légère dont je les prie de me donner le résultat.

 

Geneviève

 

Comment communiquer avec les narcissiques, les égocentriques, les « je suis le centre du monde », les « après moi, les mouches » sans y laisser son estime de soi ?

1 Août   Ce soir, resto avec Marc. Je me réjouis. Ça fait des lustres que je ne l’ai pas vu. Je sais qu’il est parti en vacances en Irlande et j’ai hâte qu’il me raconte son voyage. De mon côté, récemment,  j’ai emménagé dans ma nouvelle maison, commencé des travaux de rénovation, quitté mon boulot ennuyeux pour un autre bien plus stimulant, bref la soirée s’annonce enjouée.

2 Août   Hier, resto avec Marc. Bon. La soirée a effectivement été emplie d’histoires et de photos. Marc a, comme prévu, raconté en long et en large son séjour en Irlande avec moult détail. Moult et moult. Il parlait avec emphase, quiconque passait devant notre table pouvait voir dans ses yeux, le reflet de ses joyeux souvenirs.

Il ne s’est pas un instant intéressé à ma nouvelle maison, ni à ma nouvelle vie professionnelle, et quand je tentais d’aborder le sujet, il détournait la conversation avec un délicat : « oui, c’est comme moi qui… », avant d’enchaîner avec une anecdote de ses vacances.

Marc, Benoit, Jeanne, Stéphanie, vous et moi, peut-être,  les « parlez-moi de moi », les narcissiques, sont légion.

Narcissique

– Ce sont ceux qui vous interrompent quand vous évoquez vos soucis amoureux.

– Ceux qui élèvent la voix pour ramener la conversation dans leur filet.

– Ceux qui détournent le regard pour vous faire comprendre que « bon, vos histoires ça va un moment mais là quand même ! » alors que vous avez prononcé deux phrases.

– Ceux qui vous abreuvent de leurs tourments pendant votre repas de midi, oui, même si vous n’avez que 20 minutes pour avaler un sandwich assis à votre bureau tout en envoyant un mail, et en terminant de lire et compléter votre dossier super urgent à rendre euh… maintenant.

– Ceux qui se valorisent à travers leur récit, amplifiant leur impact et la façon spectaculaire avec laquelle ils ont mouché le policier qui les a arrêté pour excès de vitesse en pleurnichant au volant, mouché le caissier du cinéma qui n’a même pas vu qu’ils étaient deux, mouché ce crétin de boss qui n’a même pas compris qu’il avait fait le travail en une heure au lieu de huit et qu’il a quitté le bureau à 10h, « Ah comme je suis génial ! »

– Ceux qui vous coincent au téléphone et se lancent dans une plainte logorrhéique à propos de leur patron tyrannique, leurs employés feignants, leur garagiste exécrable, leur mère possessive, leurs voisins bruyants tellement injustes, sans vous demander une fois comment vous allez après votre rupture houleuse avec Kathy, votre cancer du côlon ou l’enterrement de votre père.

– Bref, ce sont ceux qui font de leurs préoccupations une priorité pour le monde entier. Même et surtout quand ce n’est pas le moment. Ils n’en ont cure.

Dans son livre : « Face aux narcissiques »(voir ci-dessous), Wendy Behary les décrit de la sorte : « Les narcissiques, hommes ou femmes, sont faciles à démasquer. Amoureux de leur propre voix, ils recherchent sans cesse sur le visage de leur auditoire l’expression d’une admiration sans borne. Ils exigent un soutien permanent, et très vite leurs plaintes et leurs critiques deviennent épouvantables. Car si c’est vous qui avez besoin d’eux, ils ne vous voient ni ne vous entendent plus ; pour eux, au fond, vous ne pouvez être qu’un miroir. »

Précisons que dans cet article, nous parlons des narcissiques « classiques », évidents. L’égocentrique que nous croisons souvent. Et non pas des pervers narcissiques, qui sortent largement du champ de la communication relationnelle.

Paradoxalement, si le Narcisse agace et exaspère, mettant en péril l’échange et le rapport amical ou professionnel sain et équilibré, il est souvent attachant. Gais et animés, ses récits semblent enflammés, c’est qu’il y met du cœur. Normal, il évoque son sujet préféré : lui. Et ça l’enchante.

On aimerait pourtant qu’il  nous demande de nos nouvelles de temps en temps. Et qu’il écoute la réponse. Jusqu’au bout. Voire qu’il rebondisse sur un détail de notre vie en posant quelques questions. On peut rêver…

Ce que vous mourrez d’envie de dire : 

Le regarder droit dans les yeux et hurler : « Marc, le miroir que tu tiens en main en permanence ne rend pas justice à la réalité.

Ton attitude est une coulée de lave d’égocentrisme, ton écoute est abjecte. Tu es indifférent au malheur d’autrui, tu es ingrat et insensible. Seul ton reflet t’anime, tu es incapable de descendre de ton piédouche où tu te hisses fièrement chaque jour, mû par l’arrogance qui a envahi tes émotions. »

Il y a beaucoup de chance pour que notre Narcisse n’entende pas ces mots. Soit, comme il le fait si bien, il tournera les talons à  la conversation, soit il brocardera votre diatribe (ça va sûrement lui rappeler une histoire qu’il a vécue la semaine précédente) soit il va se mettre en colère devant votre manque d’empathie. Un comble !

Cette attitude dédaigneuse pour vous provoquera soit de la colère, l’envie de fuir, peut-être même la honte (je ne mérite pas son attention), mais aussi et surtout la rigidité dans la relation…

Ce à quoi il faut réfléchir avant d’agir : 

 

Comme dans toute relation, le meilleur moyen pour communiquer c’est de se connecter aux besoins/désirs de l’autre. Si on entre dans la tête du narcissique, qu’y trouve-t-on ?

On le remarque au premier coup d’œil, le narcissique a besoin de se valoriser. Il n’aime pas seulement se vanter pour jouir de toutes les facettes de l’image qu’il renvoie, c’est un réel besoin. Le Narcissique sans miroir flatteur s’éteint.

Et derrière certains besoins, il y a une faille.

Une des cause possible et fréquente de la naissance du narcissisme évoquée par  Wendy Behary dans le livre cité ci-dessus, est celle de l’amour parental conditionnel : l’amour dépend de la performance de l’enfant. On ne t’aime que si tu es parfait, si tu réponds à certaines exigences. La situation devient plus compliquée si les deux parents ont des attitudes différentes : l’un aime à condition, l’autre surprotège. L’enfant est à la fois gâté et obligé de performer. Il développe donc sa construction personnelle, sans l’aide de l’autre, n’apprend pas le partage ni l’empathie, et il construit patiemment un mur autour de ses émotions.

Finalement, comment agir face à des personnalités narcissiques ?

Dans leur livre « Comment gérer les personnalités difficiles »(voir ci-dessous), François Lelord et Christophe André proposent de renoncer à l’opposition systématique (qui peut renforcer le conflit) pour privilégier l’approbation et le compliment, mais uniquement s’il est sincère. De même que l’humilité : le narcissique supporte mal les réussites des autres.

Personnellement, j’ai un faible pour le « maintenant, ça suffit » quand vous êtes à bout. Trois mots qui ont fait leurs preuves.

Maintenant ça suffit !

J’ai bien compris que tu voulais parler de tes vacances pendant tout le repas.

Je me sens frustré parce que tu ne me poses pas de questions et que j’ai aussi envie et besoin de te parler.

J’aimerais que tu t’intéresses à moi maintenant.

Maintenant, ça suffit !

J’ai compris que vous avez brillé dans la situation que vous me décrivez avec vos collègues.

Je constate que vous dévalorisez le travail de vos collègues au bénéfice du vôtre, en les raillant sans cesse

J’aimerais que vous me parliez un peu de leurs atouts.

Maintenant, ça suffit !

J’ai compris que tu étais malheureux à cause du dentiste qui t’a fait mal ce matin. Je l’ai même bien compris parce que ça fait deux heures que tu me tiens au téléphone pour te plaindre.

J’ai l’impression que tu utilises mon oreille comme un déversoir sans fond, prêt à cesser toute activité pour entendre tes plaintes.

Je vais raccrocher maintenant et la prochaine fois que tu m’appelles, tu me demandes de mes nouvelles.

Sauf exception (mais ne voyez pas trop vite votre situation pour une exception), on a tout intérêt à reprendre les rênes de la relation au lieu d’en subir les conséquences.

Je me souviens d‘une personne à qui j’ai dit, de façon assez brutale d’ailleurs, tant ma patience était mise à rude épreuve, qu’il serait bon qu’elle cesse de parler d’elle tout le temps et qui a changé net et durablement de comportement. Un bonheur surprenant. Mais salutaire pour notre relation amicale et professionnelle.

Reste le dernier recours, si vos nerfs vous lâchent, si le narcissique vous a sucé jusqu’à la moelle, pompant au passage votre estime de vous-même : la fuite !

Mais gardez-vous bien de retomber dans les filets d’un autre Narcisse : les nombrilistes sont plutôt nombreux.

Geneviève