Créer un public fantôme… pour vous entrainer quand vous êtes seul·e.

S’entrainer à la prise de parole en plein confinement, pas facile.

Alors, voici en cadeau, un des premiers conseils décalés, sorti tout droit du livre  “97 exercices décalés pour prendre la parole”, que je vous conseille de lire maintenant tout de suite. (Vous trouverez le lien direct sous cet article).

Et comme d’habitude, voici quelques techniques qui semblent légères mais qui sont diablement efficaces.

Le public fantôme 

Pas simple de répéter seul devant un mur blanc. Le miroir ne donne pas vraiment envie et reflète toutes nos imperfections. Brancher la caméra, OK. Mais après, ce n’est pas agréable de se revoir. Donc, si on doit s’exercer seul, où regarder ? Des chaises vides qui permettent d’imaginer un éventuel public ? Pas très motivant.

De toute façon, travailler seul ou seule, pour certains, ce n’est effectivement pas très stimulant.

Mais comme vous n’avez pas le choix, si vous voulez être brillant en public, il faut trouver des astuces. En voici certaines. On va créer un public pour vous.

Vous êtes à l’intérieur

Effectivement, regarder des chaises est une option et ça vous permet de positionner les publics : autour d’une table, derrière un bureau, en conférence, en U, etc. Cela vous donne aussi la possibilité de tourner le cou, de gauche à droite ou l’inverse, au lieu de regarder toujours dans la même direction (le miroir, l’œil de la caméra, etc.).

Maintenant, imaginons une astuce plus exaltante.

Pour rappel, l’objectif de cet exercice est d’apprendre à poser les yeux sur chacune des personnes du public ou du moins sur certaines si le public est très nombreux. Laissez les chaises à leur place et disposez des Post-it dans la pièce, sur les murs, les portes, les fenêtres, les meubles, ou vous voulez. Chaque Post-it représente un visage. Vous pouvez faire de même avec des feuilles de papier A4, A5 ou tout ce que vous voulez.

Plus fun ?

Découpez des visages de people dans des magazines (en attendant votre tour dans la salle d’attente du dentiste). Choisissez des personnalités qui vous plaisent beaucoup (et dont le regard pourrait vous déstabiliser, ce qui pimentera l’exercice) ou d’autres que vous ne pouvez pas voir en peinture (pour vous exercer à parler à un public indifférent ou récalcitrant).

Illustration : Leslie Plée

Archifun ? Mais redoutable de réalisme !

Soufflez dans des ballons de baudruche et attachez-les avec une pince et un morceau de papier collant. Dessinez des visages au feutre indélébile. Des visages souriants, d’autres hébétés, certains agacés. Allez puiser dans votre réserve de smileys, cela vous inspirera. Les ballons gonflés ont l’avantage de bouger légèrement. On s’y croirait !

Vous êtes à l’extérieur

Que choisir d’autre que des arbres et le plaisir de répéter à l’air libre, vous laissant la possibilité de parler à pleins poumons, de vous exprimer librement ? N’oubliez pas de faire un petit signe à ceux qui passent près de vous en promenant leur chien pour les rassurer. Faites preuve d’imagination, tout peut servir de public. Un poteau, les voitures, une fleur…

L’important, en dehors de ces exemples qui semblent farfelus, est de déplacer votre regard, de passer de l’un à l’autre.

Maintenant que vous êtes prêt·e, vous pouvez répéter votre discours, votre présentation, ou simplement vous entrainer à regarder un public avec sérénité, sans stress.

Bon entrainement et n’oubliez pas de vous faire plaisir.

Geneviève

Plus d’exercices ?

 

 

Et si vous étiez vraiment mauvais à l’oral… sans le savoir ?

 

Laissez-moi vous brosser en quelques coups de crayon 10 portraits-robots de ceux et celles qui risquent de prendre la parole prochainement, que ce soit lors d’une cérémonie privée, d’une conférence ou d’une présentation professionnelle.

Attention, âmes sensibles s’abstenir : vous pourriez vous reconnaitre.

(Et, du coup, ce n’est pas forcément une bonne nouvelle. Mais rassurez-vous, vous allez certainement reconnaitre un ou une collègue !)

 

Illustration : Nathalie Sacré

1.  – Il y a celle qui adore avoir un public pour elle seule et va se lancer dans un discours logorrhéique, respirant à peine, ne laissant aucune possibilité de l’interrompre. Les phrases s’enchaînent les unes aux autres, sans points ni virgules et pour que le tableau soit complet, flanquons la d’un ton monocorde.

2. – Il y a celui qui tente l’humour fin et se perd dans l’humour gras, sans aucun fil conducteur, ricanant de ses propres jeux de mots, complètement inconscient du dépit de son public.

3. – Il y a la stressée que l’angoisse de parler fait bafouiller, qui en tremble de tous ses membres et de son bout depapier… si elle n’a pas eu la bonne idée de le déposer sur la table avant de se lever.

4. – Il y a celui qui parle pour ne rien dire, oubliera l’essentiel, se ravisera une fois assis. Ne le laissez surtout pas recommencer !

5. – Il y a le jargonneur, la chiffreuse, le statistiqueur, la dateuse et le sermonneur, la moralisatrice, le « il faut, il ne fautpas, tout le monde sait, personne n’ignore que… », la diaporamatrice, tournée vers l’écran qu’elle déchiffre, nous offrant le sublime spectacle de son dos.

5. – Il y a celui qui lit. Et qui lit mal. Celui-là est mon préféré. Observez bien l’auditoire de l’oraliste qui lit. Après la déception vient l’ennui. Pas l’ennui que l’on subit dans une salle d’attente quand votre dentiste a une heure deretard, non. L’ennui profond d’être tenu à la politesse sans même oser soupirer bruyamment mêlé au regret d’avoirinsisté à ce point pour que le lecteur prenne la parole.

Et si celle ou celui qui lit est aussi celle ou celui qui n’a pas écrit et n’a pas non plus répété son discours avant saprestation en public, on court à la catastrophe !

Parce que, vous vous en doutez, la personne qui écrit ne lit pas forcément à voix haute. Elle prépare donc un discours destiné à être lu, et non pas dit. Concrètement vous aurez une première phrase qui fait au minimum cinq lignes, des voix passives à gogo, des doubles négations et autres tortures de la langue française. Et notre pauvre oraliste ci-dessus, inconscient·e du sort qui l’attend, va se lancer à corps perdu dans une lecture à laquelle rapidement il ou elle ne comprendra plus rien. Confondant les points et les virgules, s’arrêtant en plein milieu d’une phrase, lisant deux fois la même ligne, il ou elle finira souvent, le doigt sur la feuille, suivant les mots un à un pour ne pas en sauter.

Ajoutez ici un terme en langue étrangère imprévu, là un nom de famille compliqué, là encore un chiffre qui fait plusde quatre zéros et patatras ! Le joli discours ne sera plus qu’une infâme bouillie indigeste.

6. – Il y a celle qui pense que pour être crédible il faut être scolaire. Dans le genre de tous nos mauvais souvenirsd’école. Petit a, petit b, petit c, petit z, et zou, un historique, et zou, des schémas brouillons, et zou, des données sans intérêt parce qu’il est indispensable que le public sachent ça, et zou cela n’en finit pas parce qu’il faut faire le tour de la question que personne n’a comprise. Agrémentons-la d’une voix sèche, d’un froncement de sourcils permanent et d’épaules relevées et tendues !

7. – Il y a celui qui se tortille, qui se gratte les chevilles avec sa chaussure, s’appuie sur le pupitre, se démange le menton, se frotte le front, se râpe le nez, se racle la gorge, avale sa salive, replace une mèche, reste sur une jambe, l’autre en apesanteur, ou se balance d’un pied sur l’autre, et j’aurai encore beaucoup à dire par la suite, surtout ce qu’il est imaginable de faire avec ses mains pour montrer très expressément combien on est mal à l’aise.

8. – Il y a celle qui perd complètement ses moyens. Elle transpire, elle rougit, tremble et bafouille. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, c’est le moins catastrophique : nous sentons alors un élan de sympathie traverser l’assemblée. Sauf que c’est celle-là même qui, pour se donner une contenance et se rassurer, va se retrancherderrière un Powerpoint touffu et investir en deux minutes le profil redouté du « scolaire ».

9. – Il y a celui qui nous angoisse, affichant son malaise comme un étendard, celui pour lequel on sent notre ventre se nouer dès qu’il se lève, celui qui – on le sait – va tout rater. Il déteste parler en public et nous le fait sentir, nous laisse prévoir une chute douloureuse, et nous emmène sans vergogne partager son trac. Même de loin on peut percevoir les battements rapides de son cœur à travers sa chemise ! Et quand il finit par dire, au bout d’interminables secondes : heuuuu non, j’arrête, je n’y arrive pas, en se rasseyant maladroitement sur le bord de sa chaise, nous nous effondrons de pitié et de soulagement : ouf, ce n’est pas à nous que c’est arrivé. Cette fois.

10. – Il y a aussi celle qui n’a pas vérifié si tout fonctionnait. Le micro, le projecteur, le pointeur, au minimum.L’éclairage, le chauffage, la disposition de la salle…

Nous avons tous et toutes en mémoire une présentation rendue pénible par l’inconfort des chaises, le courant d’air froid, et plus couramment par le micro qui ne fonctionne pas. Surtout si l’oraliste parle à côté, ou mieux, tousse alors qu’il ou elle l’a juste en face de la bouche. Les ennuis techniques peuvent être un vrai supplice, aussi bien pour le public qui subit et/ou attend que le problème se règle, que pour celle ou celui, sur la scène qui nous montre en se mordant les lèvres que, zut, il aurait fallut y penser avant, mais pourquoi ça ne fonctionne pas bon sang ? La concentration déjà fragile du public va se volatiliser à travers un changement d’ampoule ou un crissement très strident de micro mal réglé.

Si vous désirez la suite de l’histoire (qui se termine bien, contrairement à ce que l’on pourrait croire), c’est dans ce livre.

Bonne lecture et joyeuses prises de parole !

 

Geneviève

 

 

Le trac : ce délicieux frisson

Pourquoi certains ou certaines prennent carrément leur pied lorsqu’on leur demande de prendre la parole en public… tandis que d’autres préfèrent disparaitre dans le néant de la transparence éternelle, plutôt que de monter sur scène ?

Voici le secret : le délicieux frisson qui vous parcourt l’échine quand les regards sont braqués sur vous n’a pas d’équivalent.

Grimper au sommet du Kilimanjaro, mettre pour la première fois le pied sur Mars, s’éclater dans la plus folle des montagnes russes… : rien de comparable à ce moment où le public lève les yeux sur vous, la bouche légèrement ouverte. Ce moment où vous savez que maintenant, précisément, tout peut basculer. Votre crédibilité, votre leadership, l’admiration que vous voyez dans leur regard… tout peut s’éteindre d’un coup si vous laissez échapper un jeu de mot scabreux ou un léger renvoi dans le micro.

Votre avenir n’en mène pas large. Vous l’avez entre vos mains et, pouvoir suprême, vous pouvez tout faire échouer, en une seconde !

Cette « nudité », que beaucoup redoutent, vous la trouvez exaltante. Une planète d’adrénaline ! Vous adorez le risque que vous prenez. Parfois, pour vous tester, ou parce que le stress commence à redescendre un peu trop vite, vous vous mettez volontairement en danger : vous tentez un néologisme hasardeux ou un peu d’humour provocant, vous titillez votre public et vous jouez délicieusement avec le feu.

Et dire que certains redoutent le trac ! Que les « astuces pour combattre le stress » sont légion ! Savent-ils seulement ce qu’ils ratent, ceux qui fuient les battements de cœur bruyants qui explosent  dans la poitrine ? Les mains qui tremblent, la bouche qui s’assèche subitement ?

Vous vous sentez incroyablement vivant ! Le monde vous appartient ! Votre présence sur scène est un énorme orgasme !

Et lorsqu’arrive la fin, vous remerciez votre public, qui ne se doute pas un instant du plaisir intense qu’il vient de vous procurer. Vous transpirez un peu, quelques gouttes froides descendent lentement le long de votre dos… et vous n’attendez plus qu’une chose, que l’on vous demande : « Dis, tu ne ferais pas la prochaine présentation ? »

Je déteste les tours de table !

Je déteste les tours de table

Rien de pire qu’un tour de table. Quand on entend cet énoncé, le lundi à 9 heures du matin, on frémit. Un terrible et atroce tour de table ! Personne ne conteste l’utilité de savoir avec qui la réunion va se dérouler, qui sont ces gens avec qui l’on va converser, mais le choix du tour de table (« Bonjour, je m’appelle André, je suis chef de projet au troisième, je travaille chez Scrapoutcha depuis dix-sept ans et j’aime les chats tigrés »), tout le monde s’en moque. Continuer la lecture de « Je déteste les tours de table ! »