Mais qu’est-ce que je dois faire de mes mains ?

 

Dès que vous prenez la parole, vous vous demandez ce que vous aller faire de vos mains ?

Voici un petit truc sympa pour régler ce souci une fois pour toutes, en 10 minutes. C’est un exercice tout droit sorti du livre “97 exercices pour prendre la parole, n’importe où n’importe quand et avec (presque) n’importe qui”, écrit en duo avec l’incroyable Chilina Hills, et paru aux éditions Eyrolles :

C’est cadeau. Mais il ne suffit pas de lire pour que ça fonctionne, jouez-le à fond ! Résultat garanti !

Exercice 13 – Le pantomime 

Avertissement : risque de fou rire, tout seul.

Durée : 10 minutes de pur bonheur.

Matériel : vos mains. Les deux.

Objectif : joindre le geste à la parole, enfin !

 

Illustration : Leslie Plée

Le pantomime est un acteur qui ne s’exprime que par le geste, la mimique. C’est dans sa peau que vous allez vous glisser pour cet exercice.

Choisissez un texte sur Wikipédia.

De notre côté, nous avons sélectionné « Tri des déchets » (mais « Escargot » ou « Carotte » feront l’affaire) et voici sur quoi nous tombons : 

« Le tri des déchets et la collecte sélective sont des actions consistant à séparer et récupérer les déchets selon leur nature, à la source, pour éviter les contacts et les souillures. Ceci permet de leur donner une “seconde vie”, le plus souvent par le réemploi et le recyclage évitant ainsi leur simple destruction par incinération ou abandon en décharge et, par conséquent, de réduire l’empreinte écologique. »

L’exercice consiste à lire le texte à voix haute, tout en le mimant. Mais pas mimer un peu, allez-y gaiement. Presque mot par mot, ne mimez pas uniquement l’idée globale.

Commençons par « tri », où vous pouvez montrer un geste de séparation. Nous vous laissons imaginer comment mimer « déchet ». Continuons avec « collecte », puis « sélective ».

C’est grotesque et ça ne veut rien dire ? C’est exactement ce que nous voulons.

Et n’oubliez pas que vous êtes seul devant l’écran. Ne faites pas ça lors d’une présentation solennelle.

Levez-vous maintenant et continuez à lire et à mimer au moins cinq lignes.

Vous allez voir que votre corps commence à prendre de la place. Détachez bien les bras du tronc, faites des gestes de plus en plus amples, placez vos pieds dans le sol, suffisamment écartés pour que ce soit confortable et continuez à mimer, tout en parlant.

97 exercices pour prendre la parole, c’est ici :

 

 

Soignez les détails et fermez votre braguette !

 

Nous sommes principalement des êtres visuels. Lorsque nous entrons en communication avec une personne que nous ne connaissons pas, nous allons davantage être interpellé par des détails de son aspect physique que par ses paroles. Un bouton cassé va retenir toute notre attention.

Nous connaissons également bien l’effet de supériorité de l’image. Les images sont, on le sait, bien mieux mémorisées que les mots.

Nous constatons aussi que si les images nous attirent, l’aspect visuel d’un orateur, par exemple, provoque une réaction plus vive dans notre cerveau que son discours.

Faites passer une femme superbe dans une réunion d’hommes, même très concentrés et il est probable que l’un d’eux bredouille, qu’un autre se gratte le cou, que le troisième renverse sa tasse de café…

Faites passer une femme moins superbe dans une réunion d’hommes et ils resteront concentrés.

La même expérience avec un homme sublime fonctionne aussi dans un groupe de femmes, évidemment.

Bref, nous le savons : nous retenons davantage nos cours d’Histoire si nous avons vu un film sur Napoléon ou un documentaire sur les guerres puniques. Un Powerpoint sera plus apprécié, compris et mémorisé si il est illustré et il est plus facile d’étudier quand les profs ajoutent des photos et des vidéos à leurs cours.

Lorsque nous prenons la parole en public, il faut donc s’attendre à ce que l’on nous regarde avant de nous écouter.

Et le moindre couac visuel va distraire le public et l’éloigner de votre message.

Ce n’est pas le moment d’avoir une tache de sauce tomate sur sa chemise, une cravate vert pomme, un décolleté trop plongeant ou une feuille de persil entre les dents. Si vous voulez que le public vous écoute, il va falloir soigner les détails.

 

J’ai pourtant bien tenté de rester concentrée sur le discours prononcé par la personne ci-dessous, mais l’image perçue et le petit détail oublié ont mobilisé toutes les ressources de mon intelligence. Je ne pense pas être la seule à n’avoir absolument rien écouté de sa présentation. Et je me demande ce que ses collègues ont répondu quand il est descendu de scène, demandant un avis sur sa performance…

Braguette

 

Ça me va bien de faire la leçon, me direz-vous…

Lors de mon passage à la télévision, pensant bien qu’il fallait prendre soin de mon image, j’ai laissé tomber mon collier. Sur le micro, évidemment, pour ajouter une petite touche de son délicat.

Si je voulais tenter une expérience et examiner le taux de commentaires « contenu/contenant », j’étais servie.

bqe90

 

De mémoire, voici grosso modo les résultats :

Parmi ceux qui ont regardé la séquence, qui m’ont soit téléphoné, soit écrit un message sur les réseaux sociaux ou par mail :

90% m’ont parlé du collier

Dans les 10% restants, certains n’avaient rien remarqué, ou avaient pris la séquence en cours ou encore n’ont pas osé en parler.

La moitié de ces 90% n’a pas du tout évoqué la raison pour laquelle j’étais interviewée, se focalisant uniquement sur ce malheureux bijoux cassé.

 

Attention, je parle seulement d’un collier qui tombe, pas d’une bombe qui explose, non. Juste un « petit truc anodin »…

Imaginez donc s’il s’était agit d’une panne d’électricité, ou d’une chute de l’orateur.

 

Que faire donc s’il vous arrive ce type de mésaventure ? Ça ne sert à rien que le nier, tout le monde a vu que votre chemisier devenait transparent sous les spots, que dans l’empressement vous avez mis votre robe à l’envers, que votre pantalon a craqué lorsque vous vous êtes baissé, que vous avez marché dans la boue en sortant de votre voiture, que le verre d’eau que vous venez de prendre en main n’a pas trouvé le chemin de votre bouche mais celui de votre chemise…

 

Faites preuve d’humour et d’humilité. Riez-en avec le public. Rendez-le complice.

–       Depuis le temps que je porte des chemises blanches, je sais pourtant très bien qu’il faut éviter la Bolognaise.

–       J’étais tellement pressé de venir vous voir que la manche de ma veste a préféré sortir de la voiture toute seule.

–       J’ai mangé de l’ail ce midi pour être sûr que personne ne me pose aucune question de trop près.

–       Mon enthousiasme à l’idée de venir vous parler n’a pas chu en même temps que moi en montant les marches.

 

Vous dissiperez immédiatement tout malaise. Et bonus : on vous trouvera sympathique.

Geneviève

 

Les lieux communs : de béates platitudes

 

Les lieux communs sont coriaces! Ils s’intègrent dans nos conversations, on les retrouve en masse sur les réseaux sociaux, on les maudit, on ricane de ceux qui en abusent mais ils se faufilent toujours insidieusement dans notre bouche. Ils semblent immortels, plus présents encore lorsque nous sommes fatigués, ils sont à bout de langue, toujours prêts à donner de nous une image d’aculturé.

En voici que l’on peut entendre fréquemment. Imaginez que je choisisse un texte connu (je vous laisse deviner) et que je le moisisse avec une mixture de lieux communs. Ça donnerait à peu près ceci :

Robert Powell dans Jésus de Nazareth, 1977
Robert Powell dans Jésus de Nazareth, 1977

 

Les béates platitudes.

« Je suis très honoré de prendre la parole aujourd’hui.  Je n’irai pas par quatre chemins. On ne va pas refaire le monde mais je me permets de dire que ceux qui ont une âme de pauvre, enfin je veux dire : de très pauvre,  seront heureux. Oui, ils seront heureux. Parce que figurez-vous,  le Royaume des Cieux est à eux. Bon évidemment, un cas n’est pas l’autre. Il y a pauvre et pauvre. Je pense néanmoins être l’homme de la situation pour vous annoncer cela, que dis-je, qui doit !

De même, je n’exagère pas en disant que les affligés seront heureux aussi, et qu’ils seront très bientôt consolés, ça a toujours été le cas pour les affligés. La roue tourne, c’est la vie.

Je sais que je ne me ferai pas que des amis mais je pense personnellement que les doux seront heureux aussi, car ils posséderont la terre. C’est comme ça, c’est comme ça. Rien de nouveau sous le soleil.

Bon,  puisqu’on y est, on ne va pas faire les choses à moitié : heureux les affamés et assoiffés de la justice : ils seront rassasiés. Oui, il faut de tout pour faire un monde, je n’invente rien.

Au risque de choquer, (il ne faut pas se voiler la face) : heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Et ce jour sera à marquer d’une pierre blanche !

Les choses étant ce qu’elles sont, j’ajouterais : heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. A qui je rends ici un vibrant hommage. Moi-même, je l’ai vu de mes propres yeux. Et nous collaborons même très étroitement.

Je ne vais pas vous assommer avec des répétitions mais au jour d’aujourd’hui, nous pouvons dire sans risquer de trop nous tromper : heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.  Oui, fils de Dieu ! Appelons un chat, un chat !

Et regardons l’avenir en face : que les persécutés pour la justice soient heureux, car le Royaume des Cieux est à eux. Là il faut vraiment faire quelque chose pour les persécutés. C’est un impératif absolu.

Et je m’en voudrais d’oublier de vous dire : heureux serez-vous quand on vous insultera, qu’on vous persécutera, et qu’on dira faussement contre vous toutes sortes d’infamies à cause de moi. C’est le vœu que je formule. Sincèrement. Voilà. J’ai fini. »

Indigeste ! Et pourtant, très courant à un dosage plus respectable. Les clichés ou banalités dispensent d’effort de création : c’est simple et tout le monde comprend. Mais ils gangrènent le discours, l’allongent inutilement et donnent l’image d’un orateur enclin à la médiocrité.

Dans la foulée, donnons un coup de cutter et supprimons :

– Les clichés, les pléonasmes,  le jargon, les lapalissades, les anglicismes à l’excès :

« L’ère de la communication », « le spectre du chômage », « un vibrant hommage », « au jour d’aujourd’hui », « regarder l’avenir en face » « les choses étant ce qu’elles sont », « collaborer ensemble » …

–       Les formules de politesse inutiles ;

–       Les introductions trop longues ;

–       Des idées creuses, toutes faites, abstraites ;

–       Les participes présents et les propositions relatives trop nombreux ;

–       Et généralement, tout ce qui empêche d’aller directement à l’essentiel.

 

Voilà. Ça, c’est fait !  😉

 

Geneviève

 

 

“La communication décalée, ça ne me fait pas rire DU TOUT !”

 

… Disent certains ronchons, mauvais coucheurs, arrogants en tout genre, pour qui la crédibilité doit frôler l’ennui.

« Décalée, décalée de quoi ? Mise à l’écart, retardée, différente ? Ou carrément fantasque ? Un message est un message, autant qu’il soit clair et concis, pas besoin de fioriture  », continuent-ils. Continuer la lecture de « “La communication décalée, ça ne me fait pas rire DU TOUT !” »